Brocanterie

avril 17, 2008

Aujourd’hui, je me suis retrouvée, presque par hasard, dans la chambre de ma grand-mère. Berçant le gros chat noir dans mes bras, je me suis approchée de la petite bibliothèque où sont entreposés là quelques trésors. Je savais déjà que j’y trouverais de très vieux livres, je les avais déjà regardés, déjà touchés et feuilletés pour certains, mais je me suis quand même approchée. Tandis que le chat, perché sur l’appui de fenêtre frottait sa tête contre mon bras, je les ai pris, presque un à un, pour les regarder, contempler la page de couverture. Parfois, je devais les ouvrir et les feuilleter pour trouver le titre, l’auteur, ou encore la date d’impression, les mots s’étant estompés sur les tranches. Encres effacées, papiers jaunis et rongés par le temps, petites notes d’une écriture inconnue, découpage et pages arrachées, la vie d’un vieux livre est toujours attendrissante.

L’un de ceux qui m’ont le plus touchée, et que j’avais déjà repéré auparavant, c’était une très vieille édition des Mystères d’Udolphe d’Ann Radcliffe, traduction de Victorine de Chasteney d’après la troisième édition, datant de 1808. Deux volumes in octavo à la couverture de papier vert, particulièrement usés, aux feuilles laineuses et rongées, qui se détachent et craquent lorsqu’on ouvre un peu le livre. Au tout début, une gravure au sous-titre calligraphié. Ces deux minuscules livres un peu tordus semblent particulièrement fragiles, et je les effleure toujours avec précaution. C’est véritablement touchant d’imaginer leur parcours jusqu’à aujourd’hui, naviguant de mains en mains et subissant les attaques du temps. Ils m’inquiètent un peu également, avec leurs fines pages collées si faciles à déchirer. Deux petites reliques assez laides, sans véritable couverture ; les plus vieilles pièces de cette petite bibliothèque disparate.

Je suis restée longtemps là-bas, je n’ai pas réussi à me détacher de ma contemplation tout de suite. Normalement, ces vestiges me reviendront, plus tard. Ils viennent d’un peu partout, de mon arrière-grand-père, d’un lot de bibelots achetés sur un coup de tête par ma grand-mère. Pour certains livres, on ne sait tout bonnement plus d’où ils viennent. Reste qu’ils ont atterri ici, avec leurs couvertures en cuir passé, leurs dorures disparues et leurs pages effilochées. Vieux histrions beaux et mélancoliques, sans doute sans grande valeur … Vulnérables et touchants.

Prélude en tapisserie

avril 15, 2008

Aujourd’hui n’est pas un grand jour, mais presque : j’ai passé l’après-midi à errer dans des magasins de décoration et d’ameublement afin de trouver des idées pour refaire ma chambre. En Octobre dernier, ladite pièce avait subi un incendie, des trombes d’eau, et s’est retrouvée à même le ciel sous un toit béant. Effondrement du plafond, inondation, poutres noires et vermoulues, rien que ça. Puisqu’il faut donc tout refaire j’ai décidé de me recréer un petit cocon chaleureux et sympathique où me nicher, en attendant de trouver un studio pour moi.

Meubles, couleurs, bibelots, à présent ma tête fourmille d’idées. La chambre sera blanc crême et chocolat, avec des meubles en chêne clair tandis que le bureau sera turquoise et marron, dans des nuances que j’ai trouvées par hasard dans un magasin d’ambiance, avec des meubles foncés. Tableau noir, photophores turquoises et réveil mécanique à l’ancienne sont déjà mis de côté, et dormiront dans un carton le temps de tout installer. Je ne sais pas encore comment disposer mes éléments, où mettre le lit, l’armoire et -surtout !- la bibliothèque. Mais chaque chose en son temps, pour l’instant, je suis bien heureuse d’avoir trouvé mes teintes et mes nuances. Plein de couleurs dans la tête et envie de renouveau.

Cléo de Mérode

La liste des blogs que j’ai pu créer est très longue … Au final, quelques survivants, un ou deux deuils prononcés, beaucoup de morts-nés. La filiation, un peu floue, s’est poursuivie ; et les abandons se sont succédés. Comme un besoin de voyage. Cela fait maintenant quelques mots que j’ai abandonné le blog en tant que journal. Exposer ma vie et ses rebondissements à de potentiels lecteurs commençait à me gêner : les coups de théâtre et catastrophes se faisaient trop nombreux, et j’en avais assez de m’adresser à un écran sans visage. Alors j’ai décidé de ne plus parler de moi que par les livres, les spectacles, que par l’extérieur et l’expérience artistique. C’est finalement en cela que je me retrouve le plus.

Alors pourquoi ici ? Parce que j’ai besoin de me familiariser avec cette plateforme pour un futur blog consacré aux Classiques de la Littérature. Ici ? Un prétexte, un endroit éphémère, voué à disparaître, à être oublié dans un petit coin du Net, sans visiteurs. Alors je construis ma petite maison de carton, en attendant d’entrer dans le manoir que quelqu’un d’autre aura construit pour moi.

Bonjour ?

Musique : Satie - 1ère Gymnopédie / Image : Cléo de Mérode