Lectures

Le jour d’avant de Sorj Chalandon

Source de l’image : Pxhere

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Vous aurez sans doute remarqué que je suis un peu en retard dans mes chroniques de lecture. Il y a plusieurs raisons à cela, mais aussi plusieurs conséquences : que reste-t-il à dire, un, deux mois après lecture, alors même que le bouquin s’est trouvé critiqué, loué et analysé de toutes les façons possibles ? Contextualisons : j’ai lu Sorj Chalandon au début du mois de septembre, et j’écris aujourd’hui un article à partir de mes souvenirs. Je n’ai pas même le livre sur moi : manquant de plus en plus de place, je l’ai sagement laissé dans les étagères à demi-vides de la bibliothèque chez mes parents, avec ses pages cornées et ses passages notés au crayon.

Il me reste plusieurs images de la lecture du Jour d’avant. Je me vois assise dans un fauteuil, dans la maison silencieuse de la journée, télé éteinte, à lire les pages tellement vite qu’au bout d’un moment la tête me tournait et qu’il fallait s’arrêter. Je me rappelle le sentiment d’urgence et de colère ressentis à la fin du livre. Je me souviens d’avoir interrogé mes propres problématiques à travers le prisme de cette histoire : mine (!) de rien, je suis aussi une fille de pas-mineur ayant écrit sur la mine, dans une bien moindre mesure…

Le jour d’avant s’intéresse à la catastrophe minière de Liévin-Lens, qui eut lieu en 1974 et fit 42 morts. L’auteur, alors âgé de 22 ans, était dessinateur à Libération. Frappé par l’injustice d’un drame qui lui apparaît comme évitable alors qu’autour de lui, tout le monde déplore sa fatalité, l’auteur garde en réserve sa colère face à un événement qui effleure à peine les colonnes des journaux nationaux. Si l’écrivain semble s’être beaucoup inspiré de sa vie pour ses précédents romans, rien ne le relie spécialement au Nord-Pas-de-Calais — avec Hauts-de-France, ça fait un hiatus. Pas de mineurs dans la famille, pas d’ancrage régional : comment, dès lors, contrer la peur d’être illégitime pour parler de la catastrophe ? A travers le choix de son personnage principal.

Michel Flavent n’a pas eu le temps d’entrer à la mine, mais il a vu son frère y mourir. Tel est le point de départ de notre roman. Son père, agriculteur, s’est pendu peu de temps après en lui laissant un simple mot griffonné sur un bout de papier : Venge-nous de la mine. Devenu routier, Michel Flavent a essayé de se construire une vie loin de cette noire histoire, mais à la mort de sa compagne, il revient à Lens — ou à Liévin, je ne sais plus. Il veut réparation. Son désir de vengeance se cristallise sur Dravelle, l’ancien contremaître, un vieil homme en fauteuil roulant atteint de silicose. Michel décide qu’il doit le tuer, parce que c’est de sa faute, au contremaître, il a voulu faire du chiffre, il n’était plus un vrai mineur, il s’était allié avec les puissants — sachez que je caricature ici un cheminement psychologique plutôt bien rendu. Telle est la situation initiale, l’amorce, de notre histoire.  Sa simple résolution aurait suffit à vous concocter un roman correct, poignant comme il faut, mais il a fallu que les choses se compliquent. [Après l’image de ce coron, la suite de la chronique révélera des passages-clés de l’intrigue, aussi vous conseillerai-je de sauter directement au paragraphe de fin si vous n’avez pas lu ce livre. Si vous ne souhaitez pas scroller, sachez que j’ai vraiment vraiment aimé. Voilà.]

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Auteur : Jérémy Jännick

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Ecritures

Une boîte à outils pour écrivain : Scribay Premium.

Cela fait un moment que je suis inscrite sur Scribay, réseau social d’écriture. Le lien vers ma page a fleuri dans le menu de ce blog assez rapidement et après avoir erré un peu en tant qu’aspirant auteur sur le net, c’est l’endroit où j’ai le plus longuement posé mes valises. Sans publicité, la plateforme propose plusieurs services intéressants. Parmi eux, deux d’entre eux avaient particulièrement retenu mon attention : les défis proposés par les membres, que j’ai utilisé comme supports d’inspiration et relais de l’atelier d’écriture en 10 séances organisé l’année dernière ; la possibilité pour mes lecteurs de changer la police, la mise en page et de télécharger en .pdf ou en epub les textes postés. En somme, alors que la mise en page des contenus littéraires en ligne continue à susciter plein de questions, la plateforme me permettait d’expérimenter et de publier quelque chose d’adaptable, et qui puisse être rapidement manipulé par le lecteur.

Depuis, Scribay s’est beaucoup transformé. On peut identifier plusieurs directions prises par la plateforme : la création et l’animation de communautés allait dans le sens d’un développement de l’aspect communautaire, tandis que l’apparition de versions du document ou de possibilités pour les lecteurs d’annoter les textes tiraient la plateforme vers un assistant d’écriture. Ayant participé aux deux, j’ai davantage bénéficié du deuxième aspect, et je crois pouvoir dire qu’on différencie mes textes publiés sur Scribay des autres par leur nombre bien moindre de coquilles !

Le service Premium développe encore davantage cet aspect. Je vous invite à jeter un œil aux posts d’Un mot à la fois, d’Elodie Agnesotti ou de L’Arbre aux livres. Outre que ces trois billets ont l’avantage d’avoir plein de captures d’écran beaucoup plus belles que les miennes, ils décrivent en détail l’offre et ses fonctionnalités. Pour la résumer en peu de mots : Scribay Premium propose plusieurs services d’aide et d’accompagnement à l’écriture, moyennant un abonnement mensuel. Parmi eux, on trouvera la possibilité de faire des fiches de personnages, des propositions de réécriture de classiques de la littérature (Dracula ou Les Trois mousquetaires, pour ne citer qu’eux), des entraînements en temps limité, à partir d’un sujet généré aléatoirement (nous y reviendrons) et enfin plusieurs parcours narratifs guidés, permettant d’accompagner pas à pas la rédaction d’un roman.

J’ai eu la chance de bénéficier d’une période d’essai rallongée afin de tester les nouvelles fonctionnalités de la plateforme, et voici ce que j’en retire.

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Lectures

Le Locataire chimérique de Roland Topor

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Eh bien, petit blog, que t’est-il arrivé ? Te voilà tout ramolli, tout endormi, tout rabougri… L’exposition Topor à la Bibliothèque nationale de France est finie depuis un moment, on sait de source sûre que ce livre a été terminé à la plage il y a plusieurs semaines et toi, tu te réveilles et tu n’en parles que maintenant ?

Je ne sais pas si l’adage Mieux vaut tard que jamais fonctionne réellement sur le Web. Une chronique d’un livre lu il y a fort longtemps perd de sa fraîcheur, et si elle n’a plus les quelques échos qu’elle entretenait avec l’actualité culturelle, que devient-elle sinon un caillou dans l’eau ?

Pourtant, j’avais envie de vous parler du Locataire chimérique, qui a été assurément la lecture qui a marqué mon été. C’était un choix bizarre, au fond, d’emmener un tel livre en vacances. Fuir Paris en courant pour lire, durant ma seule semaine au grand air, un livre sur son aliénation, cela relevait du paradoxe. Et pourtant ! Le Locataire, c’est l’histoire de Trelkovsky, un jeune homme bien sous tous rapports qui, comme tout parisien qui se respecte, est en galère de logement. Cela tombe bien, un appartement qui l’intéresse s’est libéré, du fait de la tentative de suicide de l’ancienne locataire. Non sans quelques scrupules, le héros se précipite auprès du propriétaire, multiplie les garanties et les génuflexions, jusqu’à obtenir, tant bien que mal, le logement. C’est bien sûr là que les ennuis commencent. Dans Le Procès de Kafka, Joseph K. est réveillé un matin accusé d’un crime dont il ignore la teneur, et nous avec lui. Dans l’attente de son procès, il remue ciel et terre, se casse les dents sur la machinerie administrative et pénitentiaire, en vain. Le Locataire chimérique relève pour une part de la même aliénation, sauf que cette aliénation est le fait de la malveillance et de l’égoïsme de l’autre. Trelkovsky est aussi plus passif que Joseph K., et il ne cesse de plier face à ses interlocuteurs, qui s’imposent, l’écrasent de leur individualité. C’est cruel, mais c’est pour ça que c’est drôle.

L’humour de Topor grince d’un peu partout, et les sourires qu’il place sur les visages de ses personnages vous donnent froid dans le dos. J’ai été séduite par les dessins qui ont été exposés à la Bibliothèque nationale de France, et les marionnettes géantes de Téléchat faisaient ressurgir des souvenirs vagues : je crois que j’avais regardé cette émission, mais je ne saurais dire si à l’époque, j’en avais compris quelque chose. S’il s’agissait de juger si j’ai retrouvé cet esprit provocateur et bizarroïde dans ce livre, je dirais que oui, mais revêtu d’un ton peut-être plus accessible et plus humain, plus ancré aussi dans la vague d’une littérature existentielle.

Pour notre héros, la seule porte de sortie est kafkaïenne, elle aussi : il s’agit d’une métamorphose. Hallucination ou complot, Trelkovsky est bientôt persuadé que l’ensemble de ses voisins cherche à le transformer en l’ancienne locataire, Simone Choule, celle-là même qui s’est défenestrée. Il oscille alors entre opposition totale, et transformation revendiquée. Simone Choule est à la fois un modèle et un repoussoir, dans tous les cas un double en face duquel il faut apprendre à exister.

Le plus absurde dans tout ça, c’est qu’on ne peut même pas dire que Trelkovsky existait trop fort pour mériter toute la kabbale des voisins. Il a simplement osé exister tout court. Un livre terrible et pourtant bizarrement plaisant à lire ; en un mot, une excellent surprise.

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Quelques nouvelles moins aliénantes, en passant :

  • Pour ceux que ça intéresse, j’ai créé un profil Sens critique sur lequel je n’ai pas (encore ?) mis grand chose.

 

  • Je teste en ce moment la nouvelle formule Premium de Scribay. Vous en entendrez bientôt parler !

 

  • Vermiscellanées démarre très fort : plus de deux cent textes reçus ! Par ici pour en savoir plus, faire partie du comité de lecture ou nous envoyer une participation.
Challenge Classique 2017·Challenges de lectures·Lectures

Gauche et droite de Joseph Roth (1929)

Image : Bundesarchiv, Bild 183-1985-0816-500 / CC-BY-SA 3.0

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En des temps où les vérités deviennent rares, rien n’est plus crédible qu’un bruit ; et plus il est cousu de fil blanc, plus il est extravagant, plus les gens à l’imagination romanesque sont prêts à l’accepter.

Qu’est ce qui fait, qu’à un moment donné de l’Histoire, l’individu choisisse tel positionnement ou embrasse telle doctrine politique ? C’est, pour Joseph Roth des souvenirs d’enfance et des fatalités de caractère, saupoudrées d’histoire familiale ; des petits riens, en somme, mais qui tracent un parcours presque inéluctablement. Gauche et droite raconte d’abord le destin de deux frères en rivalité l’un avec l’autre : l’aîné, Paul, est un jeune homme charmant, qui est parti étudier quelques mois à Oxford et en gardera une nostalgie toute sa vie ; le plus jeune, Théodore, est plus fragile et souffre d’avoir vécu dans l’ombre de son frère.

Le roman s’ouvre sur un potentiel : tout est destiné à réussir à l’aîné Bernheim. Mais les temps changent, et entre la guerre, les mauvais placements et l’évolution des logiques économiques,il se retrouve bientôt – presque – sans le sou. A trente ans, Paul, qui n’était qu’un immense et capricieux potentiel, se demande ce qu’il s’est bien passé pour qu’il en soit encore à chercher sa place. Ne devait-il pas devenir quelqu’un ? Et malgré leurs désaccords profonds, couve chez les deux frères un profond sentiment de déclassement, qui explique jusqu’à la jalousie qu’ils ressentent pour leur position respective.

Ceux-ci répondent à ce sentiment de deux façons très différentes. C’est par le nationalisme et l’antisémitisme que Théodore trouve la réponse au paradoxe fondamental de la défaite de l’Allemagne et des difficultés financières croissantes de sa famille qui avait pourtant réussi. C’est son moyen de retrouver une dignité perdue, voire de la créer de toutes pièces puisqu’il n’avait pu jusque là que ramasser les miettes laissées par son frère. Paul, lui, opère toujours aux moments de crise un retour sur son passé glorieux et ses études anglaises : derrière l’opposition des deux frères, se cachent peut-être deux retours instinctifs vers un passé glorieux et idéalisé.

J’ai gardé le souvenir d’une époque où Paul Bernheim promettait de devenir un génie.

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Digressions·Miscellanées culturelles

Vermiscellanées, un nouveau projet un peu fou !

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un projet qui me tient à cœur.

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Nous sommes trois à lancer Vermiscellanées, petite maison d’édition associative, avec une envie en particulier : nous amuser autour de formes littéraires hybrides et bizarres. Le nom choisi pour ce projet veut justement exprimer tant notre notre projet d’éditer des recueils collectifs, autrefois appelés Miscellanées, que notre côté fantaisiste, avec l’allusion aux Vermicelles de soupe, ces pâtes alphabet avec lesquelles on jouait quand on était petits.

Lancement du premier appel à texte

Nous lançons aujourd’hui notre premier appel à texte, autour des fameux Exercices de style de Raymond Queneau. Un texte est proposé et vous êtes invités à le cuisiner à toutes les sauces (avec vermicelles ou non !). Toutes les indications sont données sur le site de l’association, où vous trouverez également le règlement complet de l’appel à texte.

Soutenir le projet ?

Si vous êtes intéressés à l’idée de nous soutenir, vous pouvez adhérer à notre association. Vous pourrez ainsi participer à l’aventure et donner votre avis lors de l’AG annuelle, destinée à programmer les grandes orientations de l’association. En adhérant, vous aurez aussi la possibilité, si vous le souhaitez, de rejoindre notre comité de lecture afin de procéder à la sélection des textes.

Si vous n’êtes pas prêts à faire le grand saut, un petit j’aime ou un partage sur notre page Facebook, un abonnement ou une mention Twitter pourront également nous aider à nous faire connaître et à décoller !

Tous les détails du projet sont à découvrir ici :

http://editions.vermiscellanees.fr/

Crédits photo : Gallifez ; Crédit logo : Alice de Castellanè