Digressions

Je lis plus et moins que jamais. Va savoir.

Ilsted, Intérieur avec jeune fille en train de lireParler de son rapport à la lecture est tout sauf simple. Et les belles introductions appellent, souvent, les beaux contenus que l’on a idéalisés. A-t-on même conscience d’enjoliver les choses… ? Je n’ai jamais rien déclaré de faux, mais, pour la beauté du geste, la perfection du tableau, j’ai sans doute déjà mis en avant mes réussites plutôt que mes échecs, mes pratiques légitimes plutôt que mes lectures de délassement. Quand je creuse, je prends conscience que mon rapport à la lecture est à la fois simple et complexe, classique et honteux. Petite, j’ai lu les grandes références de la littérature enfantine, bercée que j’étais aux contes et à la comtesse de Ségur, et des bibliothèques bleues, vertes, de toutes les couleurs, dont j’ai presque tout oublié. J’aimais bien aller à la bibliothèque, mais je n’avais jamais terminé les livres quand il fallait les rendre… Cette nécessité d’une lecture en courant me bloquait, moi qui lisais si vite. Je n’ai jamais fini Les cent-un dalmatiens de je ne sais plus quelle auteur, par exemple… et pourtant, je crois me souvenir que cela m’avait plu.

Adolescente, j’ai lu Harry Potter avec adoration, plusieurs épigones, sans enchaîner les tomes. Je suis passée au fantastique, et j’ai dévoré des Stephen King par dizaines. Il y eut Bernard Werber, Amélie Nothomb… A l’époque, lorsque j’appréciais un auteur, j’achetais systématiquement ses livres… jusqu’à épuisement de la matière et lassitude du lecteur. Si j’ai compris que chaque écrivain avait ses marottes, j’ai aussi pu déplorer qu’elles les menaient, souvent, à la redondance.

Et puis, j’ai découvert mes premiers classiques avec l’école. C’était une lecture difficile pour moi, comme un combat qu’il fallait mener contre le texte, rien que pour le cerner et le comprendre. Avec le temps, cependant, j’ai commencé à m’intéresser, à apprécier, même, l’effort qu’ils exigeaient. C’est de ma première et de ma terminale que je date mes premières admirations légitimes, au regard du panthéon littéraire. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de m’inscrire en classe préparatoire afin d’élargir mes horizons et de me faire une culture humaniste, à grand renfort de discipline. C’était, au vu de l’objectif, une mauvaise idée. Si j’y ai glané bien des idées de lectures, j’ai aussi manqué d’y perdre goût, la lecture marathon n’étant pas mon fort. A l’époque, il me semblait même inadmissible de ne pas lire un livre en entier, si je le désirais : j’ai ainsi lu l’intégrale de La Nouvelle Héloïse quand on n’en étudiait qu’une part en classe. Perte de temps, me disait-on, alentours…

C’est après avoir claqué la porte de ma petite chambre d’internet, tourné le dos à la logique de la prépa que j’ai ouvert mon premier blog de lecture, que j’avais intitulé Plumes, Errances littéraires. J’avais perdu le goût de la lecture, qui était devenue au pire une obligation, au mieux un instant que je volais à des occupations plus raisonnables. Le blog a été un des outils d’une reconquête. Pendant deux ans, de 2007 à 2009, j’ai participé à la communauté des blogs littéraires, écrit des notes sur les livres qui m’avaient marquée, et j’ai plus ou moins constitué le fond de ma culture livresque.

Aujourd’hui, j’inaugure ce lieu dans une optique légèrement différente. Je souhaite toujours que les notes de lecture que j’y posterai me soient une sorte de mémoire alternative, à moi qui oublie tant. Je ne fais, en cela, que suivre un illustre prédécesseur, puisque Montaigne confiait la façon dont il contournait les pièges de sa mémoire :

Pour subvenir un peu à la trahison de ma memoire, et à son defaut, si extreme, qu’il m’est advenu plus d’une fois, de reprendre en main des livres, comme recents, et à moy inconnus, que j’avoy leu soigneusement quelques années au paravant, et barbouillé de mes notes : j’ay pris en coustume dépuis quelque temps, d’adjouster au bout de chasque livre (je dis de ceux desquels je ne me veux servir qu’une fois) le temps auquel j’ay achevé de le lire, et le jugement que j’en ay retiré en gros : à fin que cela me represente au moins l’air et idée generale que j’avois conceu de l’autheur en le lisant.

C’est en partie cela que je veux faire aujourd’hui, alors que je rentre de nouveau dans une dynamique de découverte et de feuilletage. Je me limite moins aux classiques qu’autrefois, j’ai mûri les conseils de Daniel Pennac et de Pierre Bayard, et je viens aux livres, aux rayonnages, avec une attitude plus décomplexée qu’autrefois.

Peut-être est-ce la différence entre celle qui commençait à apprendre la littérature, en début de cycle, et la doctorante qui se destine à être bibliothécaire aujourd’hui.

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3 réflexions au sujet de « Je lis plus et moins que jamais. Va savoir. »

  1. Bonjour,
    la proposition étant alléchante, je souhaiterais avoir une petite vue de mon avenir par les livres
    et un petit passeport pourquoi pas, sauf si tu fait démarrer ma moto russe 😉
    bisous 🙂

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  2. Eh bien voilà, en direct, une pratique de la divinitation livresque. J’attrape le premier livre à portée, l’ouvre au hasard et… :

    – C’est ça, l’idée de la Ruée.
    – Mais on partirait à combien ?
    – Ça dépend de vous.

    … Alors, qu’est-ce que ça t’inspire ? x)

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  3. Mes vacances prochaine, une ruée vers la neige !
    bien que je soit limité par les places assise dans ma voiture, je ne sais pas combien de personne covoiturage.fr va me proposer.

    merci cela dit Ô grande prêtresse de la divination livresque, je vois claire dans ma vie a présent.
    🙂

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