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[Lettre A] Le Coursier de Valenciennes

Ce livre est à l’origine de mon challenge personnel de 2015. A l’origine, je devais trouver un ouvrage à proposer pour un club de lecture. J’ai eu l’idée de flâner dans les rayons de la bibliothèque du coin et, logiquement, j’ai commencé par la lettre A. Je me suis alors donné le défi de trouver un ouvrage correspondant à mes critères de recherche (assez court et point trop cher, pour les besoins dudit club de lecture), et j’ai laissé aller les titres, lu quelques quatrièmes de couverture… j’ai glané. Finalement, deux livres ont retenu mon attention.Les Contes de pluie et de lune d’Ueda Akinari et Le coursier de Valenciennes. Pourquoi l’un plutôt que l’autre… ?

Tout d’abord, il m’a confrontée à une prise de conscience un peu bête : depuis Une éducation libertine de Jean-Baptiste del Amo, je n’avais pas lu de premier roman… et je me suis dit qu’il serait peut-être temps de s’y remettre, vu mes velléités naissantes en écriture. En outre, je ne pouvais rester indifférente face au titre : si je n’en aimais pas spécialement la sonorité ou l’équilibre, Valenciennes, pour moi, c’est plein de souvenirs. J’y ai mené mon premier cycle d’études et j’écrivais mon mémoire dans la bibliothèque municipale, qui fermait le midi. Alors, il fallait aller manger dans un petit restaurant italien à deux pas, et l’on traînait exprès, en faisant durer le thé à la menthe du dessert… parce que sinon, il aurait fallu attendre dehors que les portes s’ouvrent de nouveau. Ce n’est qu’aujourd’hui, quand toute trace de cette époque a disparu, quand tout retour, quel qu’il soit, est devenu impossible, que ces souvenirs-là me reviennent. Alors j’ai pris le roman, je l’ai examiné. J’avais déjà des images en tête. La citation d’Émile Zola, en épigraphe, m’encourageait à aller dans ce sens :

Dehors, le temps était de plus en plus doux, le ciel de suie se cuivrait, chargé d’une de ces longues pluies du Nord, dont on s’entait l’approche dans la tiédeur humide de l’air.

A côté de ça, la quatrième de couverture m’a moyennement fait envie. Elle m’intriguait, sans plus. Je m’intéressais davantage à la « ville ouvrière abîmée par la guerre » qu’aux destins bouleversés des personnages. Par chance, les premiers mots de l’incipit m’ont accrochée. C’est rare, que j’accroche aux incipit. C’est presque mot pour mot le résumé, en plus abrupt, en plus humain. Simon Abramovitch, artiste raté, est venu remettre à la famille du poète Pierre Weil une enveloppe que celui-ci lui avait laissé, au camp de travail de Klein Mangersdorf, avant de disparaître… Un dialogue improbable et tout en maladresse se noue entre lui et les survivants de la famille Weil, devenue Viéville : les deux enfants de Pierre et sa belle-sœur, Suzanne. Et l’on finit par s’attacher à cette histoire, dont on devine assez vite le point culminant, parce que les personnages prennent vie, doucement. A la raideur morne de la maison bourgeoise où le héros atterrit, se substitut, peu à peu, des marques de l’émotion laissée par la guerre, six ans auparavant : à l’image de la ville encore marquée par les destructions et les incendies, répondent les regards, les gestes de personnages qui n’arrivent pas totalement à feindre l’indifférence. Le livre traite, en peu de mots, la difficulté du retour à la vie normale, évoque, en quelques phrases pudiques, le drame du retour à la vie normale.

C’est une parenthèse tragique et triste, dans la vie du héros et de ses hôtes, et qui s’accommode particulièrement bien des paysages du valenciennois, changeant au rythme des averses et des éclaircies, et au fil de l’évolution du personnage. J’ai trouvé certaines maladresses, surtout au début, quand les personnages peinent à se parler, et que leurs répliques, souvenirs vagues, semblent trop écrits… mais c’est aussi la raideur des premiers mots et des discours tout faits que l’on ressert aux inconnus. La langue est épurée, simple, assez belle, avec des ruptures de rythme, avec surgissement de phrases nominales ; de ton, avec éclosion de termes familiers dans un registre globalement classique…

A dire vrai, je ne m’attendais pas tant à apprécier cette lecture – je craignais même d’être déçue. Les critiques sur lesquelles j’avais pu tomber, sur le Net, me semblaient assez sévères… mais il y a tout de même quelque chose dans ce petit récit, dans sa chute brutale – trop brutale, a-t-on parfois écrit… mais elle ne pouvait que l’être, tout le roman semblait tendre vers ça…

Le titre ne m’a pas semblé si mal choisi, après lecture. C’est bien ce qu’est Simon Abramovitch : un simple coursier, et c’est son justement drame, à lui qui aurait tant aimé être plus, à lui qui a goûté, deux soirs durant, cette possibilité qui lui est arrachée tout aussi vite. La fin, brutale, sans explication, répond à la frustration de tous les personnages : cette histoire n’est qu’une tranche coupée dans le réel, une parenthèse, vive, douloureuse… que chacun s’empressera de refermer à la dernière page.

Une belle découverte pour cette première lecture de mon Challenge ABC personnel. Ce roman a été également lu dans le cadre du Défi premiers romans.

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6 réflexions au sujet de « [Lettre A] Le Coursier de Valenciennes »

  1. Donc merci pour cette participation au Défi Premier roman – je viens de la relayer! Et dans la foulée, j’ai intégré votre blog à ma blogroll. Je vous souhaite beaucoup de plaisir à bloguer!

    P.-S.: j’espère que ça va passer, j’ai essayé plusieurs fois de vous répondre par voie de commentaire, sans succès, le système WordPress réclamant un mot de passe que je n’ai pas.

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    1. Un grand merci ! Le système des commentaires me semble en dérouter plus d’un, j’essaierai d’améliorer ça si c’est possible.
      J’ai en tout cas repéré plein de premiers romans, y’a un côté chasse au trésor, c’est rigolo. 🙂

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  2. Sous le charme, oui, mais j’avoue que l’impression s’est déjà un peu estompée (faut dire qu’entre temps, j’ai passé des concours, et beaucoup lu d’autres choses, ça n’aide pas). J’en garde toutefois des images – le train plein d’ouvriers, la ville de Valenciennes qui s’embellit aux yeux du personnage, la sœur de son ancien ami qui, elle aussi, s’humanise sous son regard… En arrière fond, la question de la vengeance et de la culpabilité, et l’idée d’un rendez-vous manqué. Ça reste dans un coin de mémoire, c’est doux amer. Mais c’est flou comme derrière la bruine du Nord. 😉
    Merci pour ton passage par ici !

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