Lectures

Requiem pour un livre que je n’écrirai jamais

J’ai beaucoup trop à faire pour publier là maintenant un billet de blog. J’ai des textes à lire et à commenter à plusieurs endroits différents, des défis littéraires à écrire (au moins deux cette semaine). Des bouquins à lire, pour le challenge. Accessoirement une thèse à reprendre, des projets d’écriture à mener, ou encore des courses à faire. Bref, je devrais courir partout et non m’arrêter. Mais je m’arrête. C’est à cause d’un livre.

Je me baladais dans la librairie du MK2, à côté du boulot, parce que j’étais arrivée en avance à un rendez-vous. C’est drôle, parfois, comment on tombe sur un livre. J’avais un livre de Jean-Philippe Blondel réservé à ma bibliothèque de quartier, Un minuscule inventaire, chroniqué par Romanza. Il n’était pas encore arrivé et puis… je ne me souvenais plus du nom de l’auteur. Je savais juste que c’était un nom normal. Et puis il y a la couverture qui m’a attirée. L’image ici ne lui fait pas honneur : la couverture, en vrai, est plus terne et, paradoxalement, plus douce, comme brumeuse – un de ces ciels grisâtres d’hiver. C’est en accord avec le titre. Elle est agréable au toucher, a une légère texture. Les gardes sont imprimées en couleur sombre. J’ai regardé la quatrième. Ça parle d’un jeune provincial qui part dans une classe préparatoire parisienne. De la solitude nouvelle qu’il y expérimente. De ses désillusions. J’hésite entre reposer le livre et m’en éloigner le plus vite possible ou le serrer sur mon cœur. Va savoir pourquoi, je l’ai acheté. Lu presque dans la foulée.

Je n’ai pas su le lire d’une traite, bien que le style s’y prête. Il fallait que je sorte la tête de l’eau, que je respire. J’ai eu l’impression que Jean-Philippe Blondel avait volé ma vie. C’était exactement ça. Ce qui est drôle, c’est que cela fait des années que je n’en parle plus trop. Je pensais que c’était loin. Mais Blondel a fait surgir de ma mémoire des décors que je pensais oubliés, des silhouettes, des profils — allons, des archétypes — que j’avais eu soin de ne plus recroiser après. Ça reste une ombre qui m’a poursuivie, longtemps. Je crois que c’est en partie à cause d’elle que j’ai fréquenté, même à la fac, des gens qui m’aimaient sans estime. Encore aujourd’hui, rien que d’y penser, j’ai la tentation de faire ce que j’ai fait si longtemps après : ne surtout plus parler, ne plus écrire — me taire, me taire à tout prix.

Et puis Jean-Philippe Blondel a égrené les phrases, à grands renforts de mots simples et de fatalités humaines. C’est tombé là, c’est tout. Et je me surprends à penser que ce livre-là, je n’aurais pas à l’écrire, puisque j’aurais dit exactement la même chose, vingt-cinq ans plus tard. Je suis désolée de vous le dire, Monsieur Blondel, mais là-bas rien n’a changé. Peu importent les broyés, il n’étaient pas prêts, pas assez solides, ce que vous voulez.

C’est ainsi que vont les choses. Chacun à sa place.

La mienne était ailleurs, c’est tout. J’ai mis longtemps à comprendre qu’au fond, ce n’était pas plus mal.

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