Lectures

Tous ces livres que je ne lis pas… jusqu’au bout.

Bibliothecaire-sexyEh bien, nous serions-nous perdus ? Ce n’est pas que je ne lis pas, ces derniers temps, mais j’ai eu quelques difficultés, après mes récents coups de cœur, à trouver des ouvrages qui m’accrochaient. J’en ai commencé plusieurs, emprunté plus encore… mais il y a quelque chose qui ne démarre pas. Ce ne sont pas que ces livres sont mauvais, par ailleurs, juste qu’ils n’apportent pas, en ce moment, l’écho que je cherche.

Parmi eux, il y a Les Taiseux de Jean-Louis Ezine. Je l’ai rendu à la bibliothèque cet après-midi, en retard. Je n’ai pas dépassé le chapitre trois. Pourtant, ce que j’en disais il y a quelques temps était plutôt élogieux. Pourtant, je ne l’ai pas rouvert depuis. Ce qui m’a gênée ? La langue est un peu ardue : longues phrases, style certes particulier au livre, mais qui grince un peu, comme un beau costume qui gêne aux entournures. Je n’ai pas poussé la lecture assez loin pour savoir si l’on s’habitue, si cela sert le propos — bref, si c’est une maladresse ou une qualité. J’ai été aussi dérangée par l’absence de filtre — qui est décidément un classique — entre l’histoire racontée et la vie vécue de l’auteur. Le narrateur nous raconte l’histoire de l’homme dont il porte le nom et de sa mère. Etait-il obligé, au fond, de l’appeler M. Ezine ? Qui me dit alors si on est dans l’autobiographie romancée, dans le roman autobiographique, dans le témoignage qui se veut le plus proche de la réalité possible… dans l’hommage ou le règlement de compte ? La littérature a toujours prétendu s’inspirer de faits réels.« Le livre qu’on va lire, et que je signe, n’est pas de moi. […] Je l’ai volé » écrit le préfacier-prétexte du Voleur de Georges Darien. Il aurait trouvé le manuscrit dans une chambre d’hôtel. De même Le Manuscrit trouvé à Saragosse. Ou encore La Religieuse, de Diderot, que bien des lecteurs contemporains ont pris pour une réelle histoire; voulant sauver Suzanne malgré les indices fictionnels dispersés dans l’écriture. Dans tous les cas, cependant, l’auteur, le voleur ne sont pas ceux à qui l’histoire est arrivée. Ils prétendent n’être que le passeur quand ils ont créé de toutes pièces l’histoire qu’ils nous offrent. Cherchons peut-être plutôt du côté de l’inspiration biographique. Rousseau, peut-être ?

Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature, et cet homme, ce sera moi.

Moi seul. Je sens mon cœur, et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m’a jeté, c’est ce dont on ne peut juger qu’après m’avoir lu.

En vérité, je ne crois pas que la nature l’ait brisé, ce moule, que ce soit pour le meilleur comme pour le pire. Qui a vécu quelque chose d’un peu extraordinaire (définir extraordinaire… ?) va en écrire le livre. On ne compte plus les ouvrages de formation de soi-même, les éducations sentimentales et autres témoignages du passé. Et la différence est ténue, au fond, avec les grandes histoires romantiques. Mais Adolphe n’était pas forcément Benjamin Constant ; Octave dans La Confession d’un enfant du siècle était Musset… sans l’être tout à fait. Le petit Ezine, dans Les Taiseux, c’est Jean-Louis Ezine. Ce que le nom nous enlève, c’est déjà une ambiguïté, une part de doute. Et la pratique me met de plus en plus mal à l’aise, car elle enlève la distance qui, à mon sens, est nécessaire pour bien raconter une histoire. Non que le roman ait l’air mal écrit ou mal raconté, d’ailleurs, loin de là. Mais pour un nom, il a éveillé ma méfiance.

Ce n’est pas un problème qui concerne Merci aux ambitieux de s’occuper du monde à ma place de Georges Picard. Quel joli titre ! Je me suis laissée tenter lors d’une virée en librairie la semaine dernière… ou il y a deux semaines, je ne sais plus. J’ai pas mal avancé dans l’ouvrage le soir même. Il y a quelque chose qui me touche dans la démarche du narrateur, qui écrit une longue, très longue lettre à un ancien ami avec qui il avait perdu contact et qui se retrouve, sans concertation, bien des années plus tard, à habiter à quelques kilomètres. Retrouvailles sans en être, vieillesse, temps qui passe… et un vieux Monsieur qui s’écoute parler (ça a l’air péjoratif dit comme ça, mais ça ne l’est pas vraiment). Hélas, je n’ai pas été si touchée par ce qu’il pouvait avoir à dire, ce Monsieur. Sa vie passée avec cet ami perdu, c’est un peu trop la sienne, pas assez la nôtre. Quelques clichés qui s’égarent : l’avertissement du médecin sur un cœur devenu fragile devenu prétexte à une réflexion sur le temps et l’âge qui vient, on l’a déjà vu partout. Mais au fond, le personnage tient la route, il est crédible.

Peut-être surtout est-il trop d’accord avec son interlocuteur. Le texte regorge de « tu le pensais aussi, autrefois »… Peut-être aurais-je aimé le voir s’opposer à un modèle qui était par trop encombrant, à une pression dont il prend conscience ; ou encore essayer de réparer quelque chose de cassé… Peut-être aussi que cela vient plus tard, et que je me suis arrêtée trop tôt. Je me suis surprise aussi à ne pas vouloir le reprendre, ce livre. Quand bien même je ne le détestais pas… Pas le bon moment, pas les bonnes résonances.

C’est peut-être moi qui devrais écrire mes longues lettres aux perdus de vue avant de lire celles des autres.

Dans tous les cas, je reviens bientôt avec la chronique de Venise n’est pas en Italie, d’Yvan Calbérac, que je découvre en ce moment-même grâce à Babelio et aux éditions Flammarion. A très bientôt !

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3 réflexions au sujet de « Tous ces livres que je ne lis pas… jusqu’au bout. »

  1. Pas d’abandon pour moi depuis longtemps. Je touche du bois! J’ai pourtant eu quelques lectures ambitieuses ces derniers temps… par exemple « La Fleur du Capital » de Jean-Noël Orengo, envoûtant, sur un sujet, disons, clivant et difficile.

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