Lectures

Le Livre du bonheur de Nina Berberova

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Tout commence par le suicide de Max Adler, brillant violoniste, retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel à Paris. Une lettre désigne Véra, son amie d’enfance, qui se trouve être exilée à Paris également. En la lisant, dans un grand appartement vide, celle-ci fait face à son passé… La première partie est la suite logique : se libèrent, uns à uns, les souvenirs qui lient Véra et Max, de leur rencontre à leur séparation lorsque les Adler, proches de la ruine, sont contraints de quitter la Russie. La première partie s’achève. Dans le grand appartement passe une femme plus âgée – j’ai oublié son nom et, hélas, j’ai déjà rendu le livre à la bibliothèque, donc il m’est impossible de vérifier. Par elle se déroule un nouveau chapelet de souvenirs. Un homme tuberculeux, qu’elle rencontre chez une amie à elle, et qu’elle finit par prendre pour époux avant de le suivre en France. Nouvelle séparation, ses parents cette fois-ci. Et puis la maladie, l’aliénation. On ne comprend pas bien pourquoi Véra s’embarque dans cette relation et s’y tient, quand on comprend très bien pourquoi elle fuit la Russie. Peut-être, dans les deux cas, est-ce pour trouver autre chose. Il faut bien des expériences pour se forger une idée du bonheur.

Troisième partie. Véra, devenue veuve, toujours jeune, pas tant vieillie par les épreuves – pas assez usée, peut-être – se rapproche de Karelov, un homme marié qui lui est quasiment inconnu. Trois parties, trois hommes, et un cheminement, par étapes, vers un bonheur, conquis à la fin semble-t-il. Et cela portée par un style sensible, à même de capturer les infimes tremblements du réel – poésie du quotidien. Et pourtant, il y a clairement quelque chose qui m’a manqué.

L’accroche de ce livre est une des plus efficaces que j’ai pu voir. Elle est aussi un peu mensongère. Si la tragédie d’ouverture m’a cueillie, intriguée, peu à peu Véra m’a perdue. Nina Berberova s’est attaquée à un personnage difficile : Véra est à la fois pure et marquée par la vie, heureuse et portant un passé lourd, passant les incidents de la vie comme autant d’épreuves pour conquérir un bonheur qu’elle atteint à la fin. Mais à trop faire un personnage sorti, non pas indemne, mais pas si abîmé que cela par ce qui lui arrive, on lui enlève parfois un peu trop d’humanité. Les morts ont glissé sur elle, sans créer d’accrocs, sans blesser. Plus qu’autre chose, les morts la libèrent chaque fois un peu plus. Et l’idée serait intéressante à creuser, mais elle n’est pas si développée que cela non plus. Quoiqu’il arrive, Véra encaisse, heureuse – et c’est normal au début, puisqu’elle n’a connu que cela ; mais il aurait fallu un prix à payer ou une révolte ; une douleur ou une colère pour arriver au bonheur sans tâche de la fin. La langue est presque trop belle pour ce que Véra traverse, et cette fille ordinaire, et si particulière à la fois, perd trop en substance dans le processus.

Dommage, l’histoire de son émancipation, qui passe par la perte et l’exil, aurait pu me toucher davantage. Un très bon début, donc – assez fort pour me faire emprunter le roman alors qu’il ne rentrait dans aucun de mes challenges en cours – mais, si la lecture était plutôt plaisante (je dois même dire qu’elle m’a relativement accrochée sur l’ensemble), la fin m’a vraiment déçue. Sans doute parce qu’à mes yeux, on ne peut traverser le feu sans attraper, au moins, quelques cicatrices.

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