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La Terre sous les ongles d’Alexandre Civico

terre sous les ongles

D’abord, ça a été un titre et une image de couverture. Le livre est mince, et une quatrième annonce un road-trip noir vers l’Espagne. Et un premier roman en prime… Alors je me suis lancée. C’est écrit à la deuxième personne du singulier, exercice difficile s’il en est. Ça fonctionne. La langue est âpre, dure, mais efficace. Cela parle du père, qui est parti en France pour y être ouvrier, puis réussit à faire venir sa famille. Ça parle de l’enfance dans la pauvreté — une pauvreté banale, qui ne peut pas porter le nom de misère.Du rapport du narrateur à la langue et, par là, à ses origines.

Tout cela, le personnage se le remémore durant la longue route qui le conduit de Paris à Cadix. Dans le coffre, un étrange chargement qui périme trop vite. Et c’est une fuite effrénée — en avant ou en arrière — vers un but qui ne dit pas son nom. La Terre sous les ongles m’a surtout intéressée par sa réflexion sur la langue — langue d’origine versus langue d’emprunt. Cette dernière apparaît comme un moyen de sortir de l’aliénation, mais c’est aussi l’arme des classes dominantes ; elle représente à la fois l’espoir d’une fuite et la culpabilité latente du reniement de quelque chose. C’est, enfin, l’instrument, le vecteur d’une violence, réelle et symbolique, qui affleure au fil du récit : Tu l’aimes, cette langue, tu l’aimes virile, tu aimes l’entendre, tu aimes regarder ses nerfs quand ils sont à vif, et leur crissement aigu est la plus belle des musiques.

Rien que pour cette réflexion, La Terre sous les ongles vaut le coup qu’on s’y attarde. Cependant, j’ai ressenti une certaine frustration une fois arrivée à la fin : le livre est fort, il vous crie aux oreilles, mais la fin m’a semblé un peu en demi-teinte par rapport à l’intensité de l’ensemble. Comme dans un tableau, les lignes de fuite pointes toutes vers quelque chose, mais ce quelque chose me semble un peu moins réussi que tout le reste, comme un peu flou. J’ai envie d’y voir — mais c’est subjectif — un petit défaut de construction. Je reste cependant curieuse des prochains travaux de l’auteur : son style a la force de la littérature qui ne va pas de soi, et qui n’existe que parce qu’elle est nécessaire.

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3 réflexions au sujet de « La Terre sous les ongles d’Alexandre Civico »

  1. Je viens de relayer cette nouvelle participation! Et je garde ce livre dans un coin de mémoire, à cause de la question de la relation à la langue, qui m’intéresse. Merci!

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