Challenge ABC 2015·Challenges de lectures·Lectures

[X] Baguettes chinoises de Xinran

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Ce qui est difficile lorsqu’on se plonge dans la littérature d’une autre culture, a fortiori si elle a une tendance réaliste, c’est qu’il nous est presque impossible de déterminer si elle rend bien compte des réalités qu’elle veut décrire ou non. Pourtant, Baguettes chinoises comporte ce qu’il faut de pédagogie : on suit trois sœurs issues de la campagne et venues tenter leur chance à Nankin. A travers leur regard naïf, c’est toute la société chinoise, en plein bouleversement, qui nous est décrite.

Ces trois jeunes filles se nomment Trois, Cinq et Six. Leur père, profondément déçu et humilié de n’avoir que des filles (faibles baguettes, tandis qu’un fils est une poutre pour la famille), n’a pas pris la peine de leur donner un nom en bonne et due forme. Celles-ci ont assisté, impuissantes, aux efforts de leur mère, déshonorée pour n’avoir donné naissance qu’à des baguettes et se tuant à la tâche chaque jour, de leurs grandes sœurs, forcées à épouser des hommes qui les répugnent. C’est Trois qui part la première, pour échapper à un mariage avec un infirme. Elle trouve du travail comme employée d’un petit restaurant et ramène bientôt à la campagne plus d’argent que ses parents n’en avaient jamais vus. Cinq et Six, de profils très différents, finissent par suivre son exemple. La première, illettrée, considérée comme l’idiote du village, finit par trouver sa place dans un établissement de massage, et y gagne peu à peu en légitimité. La seconde, la seule à avoir fait des études, travaille dans une maison de thé, aux côtés d’une famille moderne et cultivée, auprès de laquelle elle élargit chaque jour ses horizons. Bientôt, la campagne ne lui manque plus tant que cela.

J’ai lu ce livre rapidement, et avec curiosité : on s’attache aux personnages des sœurs et on a envie de les voir prouver leur valeur aux yeux de leur père. Cependant, la volonté de l’auteur étant de valoriser le destin des femmes chinoises, a fortiori des campagnardes venues trouver du travail en ville, elle a peut-être livré un panorama trop parfait de leur destinée, pourtant difficile. Les embûches sont là, mais les personnages – certes robustes, au vu de leur enfance rude – ne semblent jamais vraiment menacées et leur parcours se fait sans grands heurts. De même, les citadins se révèlent quasi tous des gens en or derrière des apparences parfois agressives. Je crains en cela que l’auteur se soit trop souciée du message à faire passer et pas assez des péripéties nécessaires à un roman. Et si j’ai beaucoup aimé découvrir la vie quotidienne, les plats, fêtes diverses et coutumes des chinois du sud, je ne suis pas certaine de garder un souvenir impérissable de l’ensemble, que j’ai trouvé un peu trop gentillet.

Livre lu dans le cadre du challenge ABC.

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7 réflexions au sujet de « [X] Baguettes chinoises de Xinran »

  1. Xinran est effectivement connue pour son combat pour la femme chinoise.
    Si tu veux quelque chose de moins « gentillet » mais tout aussi instructif, je te conseille « Chinoises », un recueil d’histoires vraies de femmes chinoises qui lui ont écrit pour se confier à elle/lui demander de l’aide lorsqu’elle était journaliste radio en Chine, et « Messages de mères inconnues », aussi un recueil d’histoires vraies sur les enfants abandonnés en Chine (thème très large qui passe par la politique de l’enfant unique, les filles mères, la préférence pour les petits garçons, et le traffic d’enfants, très lucratif quand on voit ces couples blancs qui sont près à dépenser plein de sous pour avoir un petit bout à aimer).
    Baguettes Chinoises, comme tu le dit, est un peu trop lisse.

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  2. Merci pour ces indications et ce très intéressant commentaire ! J’essaierai sans doute un de ceux-là, car j’ai tout de même trouvé l’auteur agréable à lire, et j’aimerais en apprendre plus. 🙂

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    1. Je te préviens, les deux sont assez hard core à lire. Pas de chichis, puisqu’il s’agit pour la plupart de lettres qui parlent d’évenements traumatisants (par exemple, l’infanticide des filles). Il faut avoir le coeur bien accroché. Une véritable plongée dans la Chine « qui dérange »…

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      1. Après, c’est aussi ce qui m’a manqué dans celui-ci (cela explique aussi davantage ce choix, peut-être, par contraste). Pas que je veuille que tout se passe forcément mal ou que je sois adepte du trash, mais disons qu’une sorte de juste milieu serait l’idéal à mes yeux. 😀

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