Challenge ABC 2015·Challenges de lectures·Lectures

[T] Akli Tadjer, Western

western-le-nouveau-livre-d-akli-tadjer-fantaisiste-sensible-et-burlesque-323397_w1000

Il me fallait une lecture en T pour l’avancée de mon challenge ABC. J’ai fureté à la lettre T dans les rayonnages de ma bibliothèque et je suis tombée sur deux livres qui m’ont fait envie. Il y avait celui-ci, dont la couverture m’a plu. Voici ce qu’on pouvait lire en quatrième :

Tu préfères les cow-boys ou les Indiens ? demande le bonhomme.

– Les cowboys, bien sûr. Clint Eastwood il est formidable dans L’Homme des hautes plaines.

– Qui c’est, Clint Eatwood ?

– Un homme. Un vrai. The cow-boy.

– Comme toi, Omar.

– Non. Moi, dans un western je serais à tous les coups un Indien. Un Sioux, un Apache, encore un de ces basanés. Je crois qu’ils ont raison les cons quand ils disent qu’on n’échappe pas à son destin.

– C’est si nul que ça, d’être indien ?

– Au cinéma, ta carrière, c’est deux, trois plans, bang ! bang ! et tu dégages. Dans la vfraie vie, c’est un peu pareil, deux trois plans… bang ! bang ! à dégager le basané.

Il sourit, me cligne de l’œil.

– Je peux être indien avec toi ?

– Je crois que tu l’es déjà un peu, mon bonhomme.

Et puis j’ai lu le début, par curiosité. La langue était simple, sans prétention, mais diablement efficace.

A part dans les premiers paragraphes, où j’ai peut-être vu un peu de pose (mais qui pourrait être de la part du personnage, après tout), j’ai rapidement fini par croire à l’histoire qui s’ébauchait. Omar Boulawane est un homme qui a grandi dans la cité de la Ville-Nouvelle, en banlieue parisienne, mais qui a réussi à s’en sortir. D’abord pigiste au Nouveau-Siècle, il vient de recevoir sa carte de presse et entame une carrière dans le journalisme. Cependant, lorsqu’il se laisse aller à parler un peu trop vrai ou à soulever des sujets qui dérangent, son chef le sermonne et l’article finit à la corbeille.

Martial Duvernoy trancha : je ferais mon papier à la condition de prouver que l’homme issu des nations maghrébines et subsahariennes puisse servir sa nation d’adoption autant qu’un Français de souche. Quelques exemples de réussite économique de ces gagneurs colorés pour étayer mon propos seraient les bienvenus, m’avait-il conseillé.

Si le roman traite, en toile de fond, des difficultés d’intégration et des pressions plus ou moins officieuses qui pèsent sur les épaules des français d’origine étrangère, l’histoire peu à peu nous en éloigne. Omar se retrouve avec un petit garçon sur les bras : sa voisine, ex-Claudette, l’hébergeait mais suite à une opportunité de contrat dans un bar tunisien, elle fait ses valises et confie le gamin à Omar en lui assurant que les parents reviendront bientôt. Hélas, ils ne donnent pas signe de vie et, comble des ennuis, d’anciens amis, Kader Houssel, ancien champion de boxe sorti d’asile et Godasse, voyou sans envergure, viennent le trouver et lui demander de l’aide après un coup foireux. Une course poursuite avec des voyous plus tard, l’étrange quatuor se trouve forcé de quitter l’appartement d’Omar, le gosse sur les bras et, par la force des choses, se met à la recherche de ses parents, apparemment disparus. L’histoire est très classique : le ton utilisé, les personnages choisis, une fois que les éléments de l’intrigue ont été mis en place, tout m’a fait m’attendre au dénouement qu’on m’a servi. Pourtant, j’ai lu jusqu’au bout et avec plaisir les aventures d’Omar, du gamin et des deux autres. Sans doute parce que j’ai cru aux personnages et que je m’y suis attachée. J’ai beaucoup apprécié le traitement des émotions du personnage principal – cliché du gros dur qui peu à peu s’humanise, à grands renforts de souvenirs douloureux. Les procédés sont une nouvelle fois très classiques, mais on se laisse prendre au jeu, car l’aventure décrite arrive à un personnage qu’on n’a pas l’habitude d’entendre et dont on découvre la voix avec plaisir. L’auteur nous livre ainsi une histoire bouffonne, un peu absurde, mais proche, dans sa poésie, des aléas les plus étranges de notre vie. Akli Tadjer est donc un auteur vers lequel je reviendrai sans doute.

… Ah, et l’autre livre en T avec lequel j’hésitais, c’est Quand j’étais drôle, de Karine Tuil. Vais-je le lire aussi ? La quatrième me tentait bien, j’ai adoré les phrases en épigraphe (oui, c’est un de mes critères de sélection !) et j’ai plutôt aimé le premier chapitre… Affaire à suivre !

Publicités

Laisser un commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s