Lectures

Catherine Cusset, Un brillant avenir

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Ce roman est le deuxième que j’ai reçu par l’intermédiaire de Livre-moi(s). Difficile, pourtant, de passer derrière Une fille, qui danse de Barnes qui avait été mon coup de cœur du mois de juillet. Cependant, les thèmes évoqués par la quatrième de couverture m’intéressaient, et je me suis lancée.

Le livre prend pour base la vie d’Elena, jeune roumaine qui épouse Jacob, un juif, malgré la désapprobation de sa famille. Suite à de nombreuses péripéties, le couple réussit à immigrer aux États-Unis avec leur fils, Alexandru – après un détour par Israël et même quelques mois à Rome. A quarante ans, enfin arrivés aux Etats-Unis, Elena et Jacob apprennent une nouvelle langue, un nouveau métier, et se mettent à travailler avec toute la rigueur et le sens du sacrifice possibles pour réserver à Alexandru un brillant avenir. Sauf que voilà : celui-ci tombe amoureux d’une française, et Elena, devenue Helen, craint que tous ses sacrifices n’aient été vains et que son fils gâche sa vie avec une femme qui n’est pas pour lui.

A me lire comme cela, on pourrait penser que je vous ai raconté tout le livre. Il n’en est rien, car l’histoire n’est pas du tout contée de façon linéaire, et que la situation que je cite est le point de départ de l’ouvrage. Le roman est divisé en quatre parties, représentant chacune un aspect de la vie d’Elena, à l’intérieur desquelles se succèdent de courts chapitres, datés à chaque fois, permettant de reconstituer toute l’histoire au fur et à mesure. La méthode comporte des inconvénients : j’ai mis un peu de temps à me repérer dans les dates et j’ai parfois eu du mal à situer où les personnages en étaient dans leurs relations, leurs âges, etc. Je ne suis apparemment pas la seule lectrice à m’y être perdue. A côté de cela, j’apprécie les formes éclatées et, surtout, cette façon de faire permet de créer tout un système d’échos qui fait l’intérêt même du livre. Dans Un brillant avenir, Catherine Cusset analyse assez finement ce qui nous pousse à reproduire malgré nous les schémas contre lesquels on s’est battus toute sa vie. Elle montre dans une histoire à la fois romanesque et crédible comment nos expériences nous façonnent, nous ouvrent des portes mais aussi nous rabougrissent. Toute la vie d’Helen, de ses rêves d’enfant à ses peurs de vieille dame défile sous nos yeux, en vrac. Le narrateur se permet aussi quelques incursions dans le point de vue de la belle-fille, dont on entrevoit les doutes et les problématiques à quelques moments clé.

Il y a pourtant quelque chose qui m’a gênée dans ce livre, pourtant bien ficelé et agréable à lire. D’abord il y a eu un ou deux passages que j’ai trouvé maladroits et que j’ai manqué de relever – souvent ceux où le narrateur se laisser aller à un petit commentaire qui nous sort un très court instant du pacte fictionnel (c’est le temps d’une phrase à peine, voire d’un morceau de phrase) mais ils sont au fond peu nombreux. Mais ce qui m’a manqué, c’est autre chose… Peut-être parce qu’Un brillant avenir serait « trop » un livre de femmes… ? En même temps, c’est un drôle de reproche : en quoi être un livre de femmes serait quelque chose de négatif ? Elena est un personnage cultivé, combattif ; c’est même ce qu’on peut appeler une femme forte qui s’oppose au monde pour obtenir ce qu’elle souhaite. Mais j’ai regretté que tout passe par son prisme et que ledit prisme soit parfois un peu étroit. Par exemple, l’homme qu’elle a aimé, Jacob, est à la fois très présent dans le livre et comme absent, insaisissable. Ce n’est pas forcément un hasard vu ce vers quoi le roman nous emmène, mais il m’a semblé tout de même étrange que dans un livre qui se base sur les combats que mène une femme pour son mari et son fils, on finisse par si peu connaître… le mari et le fils. J’ai eu finalement l’impression que tous les sacrifices d’Elena existaient surtout par eux-mêmes, voire que c’étaient peut-être même eux qui avaient créé l’aura de Jacob et d’Alexandru, et la place qu’ils ont dans sa vie. Ce pourrait être intéressant, mais je ne sais pas si c’est ce que le roman veut nous raconter. Cela m’a laissé cependant une impression un peu amère, d’un destin qui, dans tout son extraordinaire, est pourtant passé à côté de quelque chose de central – comme un amour un peu décalé, qui vise l’image de la personne que l’on aime plutôt que la personne elle-même. Le fait que les personnages centraux soient des femmes n’est en fait qu’accessoire : c’est le fait qu’elles et leurs doutes, leurs peurs, les jalousies masquent un peu trop les autres personnages concernés.

Malgré cela, les personnages principaux sont bien campés, et l’évolution de la relation entre Elena et Marie est intéressante. Mais les hommes passés au second plan, comme un tour de passe passe pour faire honneur aux personnages féminins de l’histoire – alors que ce n’était pas nécessaire, vu le rôle central qu’elles jouent déjà… – me donne un sentiment de légère artificialité et c’est dommage. Un roman bien construit, mais qui ne m’aura donc pas tout à fait convaincue.

(La parenthèse inutile : Notons aussi que c’est idiot, mais que je n’aime pas trop le choix de couverture. Je comprends le pourquoi de cette image et de ce qu’elle veut représenter par rapport au roman, mais ce n’est absolument pas cela qui m’a frappée ou intéressée dans ce roman.)

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