1% Rentrée littéraire 2015·Lectures

Courrier des tranchées de Stefan Brijs [1% Rentrée littéraire]

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Est-ce le sujet, qui ne pouvait que me plaire ? La couverture, qui accroche tout particulièrement l’œil ? Toujours est-il qu’après une lecture pas vraiment convaincue de Lignes brisées d’Harold Cobert, j’ai décidé de retenter ma chance avec les éditions Héloïse d’Ormesson et que j’ai craqué pour Courrier des tranchées. Le livre est épais, mais les caractères sont assez grands et espacés, ce qui, nonobstant la raideur du dos que j’ai été obligée de « casser » un peu, donne un livre qu’il est confortable de lire. C’est assez rare pour être noté.

Nous nous retrouvons à Londres en 1914, aux lendemains de la déclaration de guerre. Le héros, John Patterson, nous décrit la plongée du pays dans un patriotisme agressif et l’impact de la guerre, de plus en plus direct, sur son entourage : son père, facteur, chargé d’apporter les nouvelles du front aux familles ; Martin Bromley, son meilleur ami et frère de lait qui ne souhaite qu’une chose : s’engager, même s’il n’a pas l’âge  règlementaire ; Mary, la sœur de celui-ci, pour laquelle John a le béguin ; enfin William, étudiant en allemand rencontré à l’Université, qui voit dans tout cela qu’une stupide et dangereuse fuite en avant. Jusqu’à quand John pourra-t-il résister à la pression sociale et ne pas s’engager ?

Sur fond de mensonge nécessaire, le roman nous plonge progressivement dans l’atmosphère de guerre. La lenteur de la prise de conscience des protagonistes ne rend l’impact du conflit que plus implacable. J’ai particulièrement apprécié tous les personnages qui entourent John, que j’ai trouvé très humains, avec leurs mesquineries, leurs contradictions ou leurs poses. En revanche, le héros qui nous raconte toute l’histoire – à la première personne du singulier en plus – m’a semblé un peu fade. Il souffre sans doute d’un défaut très fréquent dans la fiction en général : chargé d’être le relai du lecteur, professant les opinions les plus proches de notre point de vue moderne, il peut sembler à première vue un peu trop lisse, trop parfait. Cependant, les dilemmes auxquels il est confronté sont crédibles, et sont l’occasion pour l’auteur de montrer les affres de la guerre à travers un prisme intéressant : celui du décalage entre le discours patriote officiel, servi à l’arrière, poussant les jeunes gens à s’engager et la réalité du front. Le dénouement m’a peut-être un peu moins convaincue, mais plus je pense à ce livre, plus je me dis qu’il pose le problème du patriotisme de guerre de la bonne façon.

Si on peut lui reprocher une facture un peu  trop classique et un personnage principal un peu faible, Courrier des tranchées est en somme un bon livre, à la fois bien construit et pertinent dans ses choix.

Le billet de Stéphane Bret sur La Cause littéraire

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