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Les Z’envolés, session n°8 / Les participations

La date butoir est passée, et il est temps de révéler les différents textes proposés pour l’atelier numéro 8. Pour rappel, il s’agissait de s’inspirer d’un fait divers, et d’écrire à partir de ça. Avant de développer un peu sur les choix qui ont été faits par les participants, je vous propose de découvrir leurs participations (deux d’entre eux ont même proposé plusieurs textes suivant le sujet) :

Au fond, qu’est-ce qu’un fait divers ? Cela peut être tout et rien à la fois, un fait divers. Le Glossaire des termes de la presse opte d’ailleurs pour une définition abominablement large : « Accident, délit ou événement de la vie sociale qui n’entre dans aucune des catégories de l’information. » C’est à dire une information qui n’a pas sa place dans la rubrique de l’actualité nationale, internationale, politique, culturelle, économique, etc… Une définition en ni, ni, en somme. De même, le Petit Robert en 1983, définit les faits divers comme les « Nouvelles peu importantes d’un journal. » Ce sera notre première piste de lecture.

Parce que le texte peut venir remettre de l’importance, réinstaurer un impact à quelques lignes qui n’ont l’air de rien : dans Le Jeu de la marelle, CM Le Guellaf montre la disproportion qui existe entre ce que raconte le fait divers journalistique et l’expérience enfantine dont il prétend rendre compte, avec l’idée que quelque chose de plus grave ou de plus profond se loge parfois sous un simple fait divers d’apparence plus frivole. Sébastien et Tine de Bertrand Môgendre tient aussi à peu de choses : quelques lignes qui signifient une nouvelle, et le texte déroule tout un vécu impacté par l’événement.

Mais pour qu’elle apparaisse dans le journal, la nouvelle a priori sans importance – notons que le fait-divers est souvent local, plusieurs textes le traduisent très bien – il faut qu’elle ait un petit quelque chose de spécial. Et c’est là qu’intervient une deuxième clé de lecture : la question de l’ordinaire et de l’extraordinaire. Plusieurs participants ont choisi d’aller dans ce sens, notamment Valérie Musset avec L’étrange histoire de M. X, où elle travaille sur un cas spectaculaire d’amnésie accidentelle. Dans Erzulie, Forgive Me, I failed, CM le Guellaf s’occupe d’un cas relativement similaire, mais saute le pas, et introduit un peu de fantastique. Et si l‘extraordinaire du réel avait parfois du merveilleux, pour être mieux raconté et compris ?

Mais il y a le fait, tel qu’il apparaît dans le journal, et la réalité qu’il cache. Nous sommes beaucoup à avoir tenté d’explorer l’envers du décor, à avoir cherché à remettre du détail, de l’humain, dans le fait divers qui nous est livré brut. La Maison de retraite, d’Al Prazolam, joue à fond cette carte puisque l’auteur y met plusieurs fois en regard la description journalistique des faits (regroupement de maisons de retraite, départs en retraite d’une partie du personnel, plaintes quant à des problèmes d’hygiène et d’encadrement, absence d’accès aux soins palliatifs, etc.), fondamentalement extérieure, froide, non dénuée de langue de bois (ainsi les journalistes répètent-ils plusieurs fois qu’une phase d’adaptation est encore nécessaire) et l’expérience personnelle d’une grand-mère en fin de vie, mal comprise, mal interprétée par sa fille. La clé est donnée par la description qu’il a choisie pour son texte : « Tandis que les journaux racontent avec détachement, il y a des personnes qui vivent. » Le voleur de cabanes de jardin, de Gayane Paquetin va aussi en ce sens, puisqu’il s’interroge sur les motivations d’un mystérieux voleur de cabane de jardins : « Où sont- ils nos vingt ans? / quelle peut-être la détresse? / pour voler des objets insignifiants…» Dans le cas du texte de Lala, il s’agit également de prendre un fait divers et de développer les personnages qui en ont été les auteurs : dans Amours et arnaques, il s’agit notamment de se demander ce qui a poussé une femme à participer à une arnaque massive, sur fond de relation ancienne et de regrets lointains.

Violence conjugale, du Rêveur, procède à un autre type de subversion. Le texte va décrire une situation en s’appuyant sur nos représentations, nos préjugés – d’autant plus convoqués qu’on est dans le thème du fait divers… alors que la chute va renverser les choses et nous montrer que notre représentation de la réalité était faussée. Par l’écriture autour du fait divers, le texte semble interroger jusqu’à nos repères de pensée.

Quant à La Modiste et le poète maudit, j’ai essayé de donner vie à des personnages tirés de faits divers anciens (les deux poètes, René et Arsène, sont chacun tirés d’une source différente), et la modiste s’est, au cours de l’écriture, imposée à moi. D’abord destinée à n’être que le relais du regard du spectateur, elle s’est peu à peu imposée, et de la rendre plus vivante m’a plus facilement permis d’exposer la problématique qui était au centre des faits divers sur le suicide du poète à l’époque. Il me semble donc dérouler de cette même logique d’écrire à partir des manques, et de redonner un visage à ceux qui ne sont plus que des anecdotes.

Si j’ai proposé de choisir un fait divers comme départ d’écriture, c’était dans le but de nous interroger ensemble sur nos sources d’inspiration (on ne pense pas toujours à chercher là-dedans alors que cela regorge d’histoires extraordinaires sans toujours être sordides) mais aussi, surtout, de voir ce que nous en faisions, de cette source d’inspiration. Il semblerait, à voir les choix opérés par les différents participants, qu’écrire, c’est à la fois signaler les manques, mettre en lumière les mystères d’une histoire ; tenter de les interroger sinon de les résoudre… et, surtout, écrire l’absent, le silence, investir les zones d’ombres pour mieux s’y exprimer.

N’hésitez pas à commenter sur cette session, donner votre avis sur un ou plusieurs textes en particulier, à rajouter des pistes de lecture, (je n’ai clairement pas épuisé le sujet). Je tiens en tout cas à remercier les participants de cette session, nombreux et motivés, ainsi que ceux qui liront les textes qui ont été produits.

Rendez-vous très bientôt pour le nouveau sujet !

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3 réflexions au sujet de « Les Z’envolés, session n°8 / Les participations »

  1. Merci pour ces beaux commentaires et l’analyse très fine que tu nous offres. Un vrai plaisir à lire doublé de celui d’avoir participé au défi. Chaque texte apporte un angle de vision sur le fait divers. Il est tentant de s’en saisir pour écrire une nouvelle histoire et se laisser porter par une source différente de l’ imaginaire.

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    1. Merci beaucoup, CM et Gayane ! 🙂 J’essaie de faire en sorte que cette écriture en commun nous apporte à tous, et je pense que les pistes évoquées peuvent aider à trouver des idées. Au final, un tel thème pourrait présider à l’écriture d’un recueil entier, et pas d’un seul petit texte ! 🙂

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