Digressions

[Atelier d’écriture] De la peinture … aux textes.

Elles se sont fait attendre, mais les voici : les participations à l’atelier d’écriture sont nombreuses, puisqu’on en compte 14, mais aussi variées, puisqu’elles nous font voyager tout au long de l’histoire de l’art ! On y croise tour à tour Hubert Robert, Van Gogh, Monet, Salvador Dali, Edouard Hopper ou encore Gustave Courbet et Pierre Soulages ! Au vu du nombre de participations, je propose donc de scinder mon post de clôture en deux : d’abord le récapitulatif de tous les textes (que j’ai classés par date d’apparition dans l’histoire de l’art, de façon tout à fait subjective), et ensuite leur commentaire croisé.


Les Châteaux meurent aussi.

par Alphonsine

D’après Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines

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L’effet de ces compositions, bonnes ou mauvaises, c’est de vous laisser dans une douce mélancolie. Nous attachons nos regards sur les débris d’un arc de triomphe, d’un portique, d’une pyramide, d’un temple, d’un palais ; et nous revenons sur nous-mêmes.

Diderot, Salon de 1767.

 

De mon temps, la dernière mode, c’était les ruines. On en déterrait des brassées et si l’on n’avait pas l’heur d’en trouver à son goût, on en construisait des imitations parfaites que l’on traitait avec autant de soin et de vénération. Tout jardin idyllique se devait de présenter une marque, quelle qu’elle soit, de l’éphémère et périssable marche de l’humanité, afin de nous rappeler à tous combien nous étions peu de choses et que d’ici quelques siècles, plus personne ne se souviendrait de nous. Je ne fais pas exception à la règle. La poétique des ruines me rassurait, même : je me sentais ainsi préparé aux plus grandes catastrophes. Hélas, je devais bientôt apprendre que les exemples nous instruisent bien plus que les préceptes.

Dans mon ciel aimé s’accumulèrent tant et tant de nuages que je ne distinguais plus mon ombre. Je passai entre les feux et les furies ; je regardai trembler les piliers du temple en craignant de voir bientôt son plafond, pierre à pierre, me tomber sur le crâne. Je vis choir les hommes et les têtes comme s’écroulent nos cabanes d’enfants. L’on m’emprisonna, longtemps, et je crus même mon heure arrivée. Je ne sais pourquoi, mais j’en réchappai. Je repris mes travaux. Mais quelque chose avait changé.

S’il est une idée dont je ne me puis me départir, depuis, c’est que les châteaux sont finalement aussi fragiles que les êtres. J’ai travaillé sans relâche à leur sauvegarde, mais j’avais sans cesse un poids spécial sur mes épaules en voûte – un fardeau que nul homme, s’il n’est férocement philosophe, ne devrait être condamné à porter. La plupart de mes semblables peignent, écrivent ou construisent pour s’inscrire dans le temps qui passe, pour laisser une trace et ne pas disparaître, surtout ne pas disparaître, après leur trépas. Ils œuvrent pour qu’on se souvienne d’eux.

Moi, je me dis parfois que les traces qu’on laisse sont plus éphémères encore que nous-mêmes.

Les châteaux meurent aussi. J’ai vu en rêve des jeunes filles vêtues de blanc danser autour d’un obélisque brisé comme on danse sur la tombe des vaincus de guerre. Je ne sais pas même si l’image tient du songe ou du cauchemar : la cruauté est celle du temps qui passe, de l’eau qui creuse, goutte à goutte, son sillon dans la pierre ; non pas celle des hommes qui, d’une façon ou d’une autre, à leur manière destructrice, ne font que suivre la marche des choses.

Les peintres et graveurs de danses macabres n’ont-ils pas l’étrange manie de remplacer les gens qu’ils représentent par des squelettes au sourire béat ? Il me semble parfois être atteint d’une maladie semblable lorsque je déambule dans les longs couloirs des vieux palais royaux. Je ne rêve que de pallier à leur nécessaire destruction, de les percer, les repeindre, de les métamorphoser assez pour qu’ils survivent, le plus longtemps possible, à leur destin inéluctable. Mais, malgré mes efforts et ceux de mes successeurs, je sais qu’un jour viendra où les murs que j’ai tant chéris s’effriteront à leur tour, ouvrant vers le ciel d’impossibles et disparues frondaisons. La pluie ruissellera, les orages feront trembler les fondations, et les trésors des siècles accumulés – tableaux, livres, sculptures – finiront noyés dans l’indifférence.

Je n’en veux pas aux hommes de demain pour avoir laissé mourir ce que j’ai le plus admiré : je sais qu’ils traverseront leurs propres révolutions et qu’en pleine tempête, on pense à soi avant de penser au reste.

J’ai compris, pour avoir pleuré tant de pierres, que l’Histoire est un deuil comme un autre. Je ne trouve rien de plus triste ni rien de plus beau que l’herbe qui se met à pousser, malvenue et plus forte que tout, entre les interstices des pierres abandonnées.

Et je sais surtout que plus tard, bien plus tard, au terme de toutes mes apocalypses mentales, des silhouettes sortiront de terre, pauvres gens en haillons, avalés puis vomis par l’abîme. Je les vois presque distinctement dans mes rêves : sur la terre  incendiée par le feu des hommes, ils font leurs premiers pas, hagards, maladroits. L’un d’eux s’arrête pour sentir le soleil, comme intimidé, effleurer tristement sa joue. Un autre, brisant un bâton pour la route pour s’en faire une canne de fortune, suit les restes d’un chemin qui va il-ne-sait-vers-où. Ils ne pensent à rien, sinon à vivre. Leur Odyssée, si modeste soit-elle, n’en est pas moins considérable que celle de l’Ulysse aux milles ruses que représentaient les statues antiques de mes jardins. Chaque bosquet renferme un inconnu, peut-être une menace ; chaque étranger croisé pourrait peut-être, en vertu d’une guerre oubliée ou de je ne sais quel besoin premier, leur sauter à la gorge ou les remercier d’exister. J’aimerais parfois me retrouver parmi ces pionniers de l’absurde, qui marchent solitaires vers les plus grands précipices…  Vomis par la terre, crachés par les villages alentours, ils erreront de plus en plus loin, en quête d’espoir et de vivres. Peut-être cherchent-ils pourquoi ils vont, toujours ; pourquoi l’horizon leur parle de regrets et de jours non vécus.

Un soir, épuisés, endeuillés peut-être de ceux qui n’ont pu aller aussi loin, ils verront le crépuscule se heurter à des colonnades en miettes. Elles sont encore debout par on ne sait quel miracle, mais les gravats à leurs pieds rendent leur exploration longue et dangereuse. La nuit tombe. Ils allument un brasier et, adossés contre les murs verdis de mousse, effarés, ils attendent, en se racontant des histoires. L’un d’eux aperçoit un fantôme dans les décombres – son cri meurt dans l’écho, sous les étoiles muettes. Il scrute l’ennemi, prêt à se battre ; mais ce n’est pas un fantôme, mais une main de marbre qui s’est posée là, comme si elle attendait la caresse du premier qui passe. Le pauvre diable l’effleure du doigt : elle est froide et pourtant, elle lui semble vivante, comme prête à le saisir. Il en conçoit un long et délicieux frisson.

À l’aube, les ombres projetées révèlent de nouvelles présences : des statues d’hommes et de femmes, par quarts, par moitiés, par morceaux, ont été semées là comme si un dieu capricieux avait jeté ses jouets avant de partir. Dans leurs yeux, entre leurs paumes, un rien de beauté perdue. Ils voudraient n’y voir que des morceaux d’orgueil sculpté, idoles détruites d’un autre temps, mais ils sentent que c’est peut-être plus que cela. Alors ils hésitent, voudraient repartir, ont quelque scrupule à tout laisser là, de crainte qu’on ne détruise et qu’on ne pille ce qui déjà a été pillé et détruit cent fois. Ils se promettent, en leur for intérieur, de revenir. Pour mieux voir, pour comprendre. L’effrayé d’hier emporte avec lui la main de marbre comme si elle était le vestige d’une femme aimée autrefois.

La Rochefoucauld disait que l’on parle peu dès lors que la vanité ne nous fait pas parler. C’est peut-être ce qui me plaît tant chez les ruines : elles ont le bon goût de se taire. Elles ont perdu le clinquant des beaux jours et dans les cours éventrées, statues en morceaux, fresques délavées, fragments de toile coincé sous la pierre sont autant de cicatrices vivantes qui nous rappellent la force de création des hommes.

Alors non, je ne crains plus rien. J’ai posé la main sur le mur blanc et poli du palais où mes pas résonnent. Peut-être que les palais que j’aime seront plus beaux de n’être que des ruines.


Le Feu du Parlement

par Le Rêveur

D’après Le Feu du Parlement de William Turner

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À l’emplacement d’où je me tiens, en cette fin de soirée étonnamment dépourvue de brume, la température ambiante découragerait le moins frileux des gentlemen, et le petit vent humidifié par la Tamise me transpercerait le corps si j’avais commis l’imprudence d’oublier ma redingote en sortant. J’ai caressé un instant l’idée de m’approcher du drame pour bénéficier d’un peu de chaleur, cependant, je ne puis prendre le risque d’exposer mes poumons fragiles à l’épaisse fumée qui se dégage de la fournaise. J’ai d’ailleurs grand-peine à comprendre comment cette foule immense peut rester aussi près de l’incendie, la chaleur doit être infernale à une distance si proche – en témoignent les reflets orangés très vifs qui découpent distinctement leurs silhouettes. Mais je dois reconnaître que les flammes qui éventrent les murs du Parlement offrent un spectacle grandiose, presque hypnotique, qui tranche avec le bleu sombre de la nuit tombante – ce qui explique peut-être cette stupéfaction que je décèle dans les visages de ceux que je puis apercevoir, que l’horreur de l’événement ne suffit pas à expliquer totalement. Grands dieux ! Ces flammes montent si haut qu’elles illuminent dans leur totalité les bâtiments alentour, comme si l’astre était descendu en personne au cœur de la cité londonienne ! Tous ces pompiers ont bien du courage de s’approcher avec leurs jets d’eau dérisoires, et surtout, ils doivent être pétris d’optimisme, s’ils espèrent entamer la rage de cet aperçu de l’enfer avant que l’auguste bâtisse ne soit complètement changée en cendres. La foule patauge déjà dans au moins un pouce d’eau, tandis que le monstre d’or et de rouge n’a pas même reculé d’un pied… Les craquements sinistres qui résonnent par moments, au milieu du chant presque joyeux des flammes, ne laissent pourtant aucun doute du devenir de ces lieux. Mon Dieu ! Et le personnel de nuit, qu’en reste-t-il ? Combien ont péri, et combien ont échappé à un sort funeste ? Je n’aperçois que deux personnes, pliées dans des couvertures, qui ne semblent pas plus s’occuper de la foule que celle-ci ne semble se soucier d’eux – j’espère qu’il ne s’agit pas des seuls survivants du désastre… Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve, mais je tiens comme chose certaine de ne jamais oublier cette scène, jusqu’au seuil de ma vie. Quel miracle pourrait effacer de ma mémoire un événement à la fois si dramatique et si impressionnant ? Il faudrait au moins que l’enfer s’ouvre devant moi pour éclipser pareille sensation…


Jeune mère

par Alice

D’après Jeune mère d’Egon Schiele

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L’enfant avait toujours eu très faim, plus petit encore il tétait sans arrêt. Il avait toujours envie de téter. Un jour à la maternité, une des infirmières (ou était-ce une sage-femme ?) avait dit à la jeune mère : « Avec vous pas de problèmes, on aurait assez de lait pour nourrir toute la maternité ». Bien sûr c’était exagéré, mais la jeune mère avait été très fière. Et toc pour sa propre mère, qui répétait qu’un petit bout de femme comme elle aurait bien de la peine à allaiter. Une autre fois, deux jours plus tard peut-être, à la question d’une autre infirmière (ou était-ce une sage-femme?) »Combien de fois est-ce que vous l’allaitez par jour ? », elle avait agrandi les yeux, et avait murmuré l’air complètement épuisé : « Oh mais une seule fois. Toute la journée il reste à mon sein, je me doute que ce n’est pas recommandé, mais si je l’enlève… » Elle décolla doucement mais sûrement la bouche de l’enfant de son téton et aussitôt il se mit à hurler. « Vous voyez ? » Elle prit doucement la tête de l’enfant entre ses doigts écartés et la repositionna contre son sein.  L’infirmière hocha la tête d’un air vague et s’en retourna.

Bien sûr la jeune mère avait raison : ce n’était pas recommandé. Mais bien sûr plus l’enfant têtait, plus les seins de la jeune mère produisaient du lait, et il n’y avait donc pour l’enfant aucune raison de s’arrêter de téter. Bien sûr, le phénomène de satiété aurait dû entrer en jeu : même si un nouveau-né n’est pas capable de se nourrir lui-même, il sait quand il a faim, quand il a soif, quand sa couche a besoin d’être changée : et les autres personnes gravitant autour de lui sont bientôt au courant de ces nécessités, parce que le  bébé est censé hurler de toute la force de ses petits poumons quand un besoin primaire doit être satisfait.

Mais avec l’enfant, le besoin primaire était constant et finissait par épuiser la jeune mère qui était rentrée chez elle  : elle ne pouvait tout de même pas le laisser téter toute la journée, ses deux seins commençaient à être douloureux malgré le turn-over, comme elle se plaisait à dire, qu’elle mettait en place : elle avait mal, elle ne voulait pas avoir mal à cause de l’enfant. Alors elle décida de le laisser crier  : c’était fatigant ça aussi, mais ça ne faisait pas si mal. Ca passerait sans doute, il fallait juste qu’il s’habitue à ne pas tant recevoir, à être un peu frustré, à reconnaître quand téter n’était pas nécessaire pour lui. Elle l’avait peut-être trop écouté à la maternité, mais les médecins n’avaient pas vraiment fait de remontrances, ce n’était pas irrécupérable, on allait le réhabituer à une alimentation plus mesurée. Ce n’était pas comme si elle avait fait une erreur irrémédiable concernant l’éducation de l’enfant.

Et puis vint le jour noir où elle n’eut plus de lait à donner. Il téta du vide pendant une heure, sans que cela paraisse le déranger. Elle crut donc que c’était la simple succion, ce réflexe bien connu des nourrissons qui génère la production lactée, dont il ne pouvait se passer. Mais il en eut bientôt assez : il lui fallait à manger, il avait maintenant deux semaines. Elle tenta de passer au biberon,  crut être délivrée de l’appétit colossal de l’enfant parce qu’il  accepta plutôt bien ce nouveau biais nutritif, sans toutefois rester collé à la tétine toute la journée. C’était peut-être ça, se dit-elle, quand c’est avec moi il n’a pas de limites, mais un biberon ça n’est pas affectif, alors c’est mieux pour lui. C’est définitivement mieux pour lui.

Mais l’enfant n’était pas de cet avis, et il le fit rapidement savoir. Il voulait autre chose. Elle le remit au sein, le lait revint miraculeusement.

« Cet enfant n’est pas facile » dit une fois la grand-mère de l’enfant à la mère de l’enfant

La jeune mère haussa les épaules. Toujours, de la part de tous, toujours ces discours qui la rendaient furieuse, qui prédisposaient son enfant à n’être pas commode : elle avait lu que l’enfant se construisait aussi en accord avec les discours qu’on tenait sur lui, elle ne voulait pas qu’on en fasse un méchant, un délinquant en devenir juste parce qu’il avait faim et que cette faim fatigait son propre corps.  Avait-elle le choix ? Il était malheureux au biberon, ses paupières s’apesantissaient de jour en jour, il était plus pâle, avait l’air plus bête. Et puis qui allait l’allaiter ? Elle ne connaissait personne qui aurait pu prendre sa place, le temps des nourrices était révolu, et elle sentait que c’était ses seins à elle qu’il réclamait avidement. Ca l’agaçait tout de même, de voir sa jolie poitrine se déformer petit à petit ; il tétait trop, c’était évident, elle avait des lésions, des petites fissures et des crevasses à l’orée des tétons, qui eux viraient parfois au bleu violacé. Cela la dégoûtait un peu, mais avait-elle le choix ?

Et puis un jour il eut quatre mois. Il tétait toujours, mais il avait abandonné les seins qui n’étaient plus assez fermes, trop usés à son goût, et puis trop connus. Ce jour-là  il planta ses petites quenottes dans le flanc droit de sa mère. Il se mit à ronger avec avidité.

« Cet enfant me dévorera », soupira-t-elle

Et la grand-mère approuva, résignée. La jeune mère regarda l’enfant avec curiosité. Elle s’allongea sur sa couette-mosaïque et décida de tout lui donner, c’était le seul moyen de rédemption. On devait tout faire pour l’ enfant : il pouvait la manger s’il trouvait ça approprié. Elle n’y trouvait plus rien à redire, de toute façon sa poitrine était déjà trop abîmée, qu’y avait-il d’autre à sauver que lui?  Elle se laissa ronger le flanc avec amour et un dégoût léger.

La dévoration pouvait commencer.


 

Un bar sur les quais, en mai

par Yves

D’après Le Port du Havre d’Albert Marquet

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Lorsque nous fûmes enfin assis l’un en face de l’autre, elle et sa beauté rayonnante et moi et ma sempiternelle timidité, tout était fin prêt pour que cela se passe mal. Sans doute n’allais-je rien trouver d’autre à dire que des banalités et nul doute qu’elle en serait – à juste titre – mal à l’aise, ennuyée, voire lasse avant l’heure…

Je lui proposais de boire un verre et elle accepta. Vous aurez compris que mon but était de l’aimer et qu’elle m’aime en retour. Pour cela, boire un verre ensemble semblait un bon début. Le choix qu’elle fit en faveur d’une boisson alcoolisée me satisfit d’ailleurs tout à fait ; bien plus que si elle avait opté pour une tisane à la camomille, en tout cas.

Nous étions donc assis, l’un en face de l’autre à l’instar de nos mojitos qui se regardaient déjà comme deux pétillantes âmes sœurs. Seulement, pour nous – pour moi en tout cas – le but de tout ça n’était pas de se contempler toute la soirée en se voyant lentement rapetisser jusqu’à ce que nos feuilles se retrouvent à sec. Nous, nous avions des bras pour nous enlacer… Mais la route me semblait encore longue pour en arriver là. Le blanc qui venait pernicieusement de s’installer entre nous m’inquiéta. D’un air qui se voulait tranquille et qui dut paraître affreusement anxieux, je lui demandais si elle était une habituée de ce bar à cocktails.

« Non, non, me dit-elle, j’y suis allée trois quatre fois, c’est tout.

– C’est toujours plus que moi. J’y suis jamais allé… »

Excusez le manque de répartie mais il fallait bien répondre quelque chose… Une amie m’avait dit, un jour, que si la fille était intéressée, peu importe ce que je dirais, cela lui plairait. Étais-je déjà à ce point désespéré pour me raccrocher à ce rassurant conseil ?

Je ne sais plus vraiment sur quoi elle enchaîna, mais ce que je sais, c’est que son sourire bienveillant me fit du bien. Je réussis même à lui répondre quelque chose d’intelligible ! Je ne vous cache pas que je me sentis encore mieux lorsque ce fût elle qui prit en charge la suite de la conversation, légère et gaie comme le clapotis des vagues contres les coques blanches des bateaux du port de La Rochelle. Je crois que je n’avais jamais autant aimé entendre une fille parler. Bizarrement, les phrases qu’elle disait avaient de plus en plus de sens à mesure que le niveau de mon verre descendait et pourtant, je suis bien incapable de vous en rapporter, aujourd’hui, la moindre idée.

Toujours est-il que lorsque la cloche du bar sonna, indiquant la proche fermeture du bar, lorsque les impétueux soiffards se ruèrent vers le comptoir pour commander un dernier verre, nous allâmes payer ; enfin je l’invitai et la raccompagnai jusque chez elle.

Dans la rue calme, nous nous prîmes la main et le silence qui nous entourait, alors, n’avait plus rien d’inquiétant.


Je vous invite à découvrir toutes ces participations et à les commenter. Rendez-vous très prochainement pour le commentaire croisé des treize textes ! 🙂
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4 réflexions au sujet de « [Atelier d’écriture] De la peinture … aux textes. »

  1. Yves : Un texte léger, plein de lumières et de couleurs comme la toile choisie. 🙂
    Alice : Ta proposition m’a tout particulièrement troublée, j’y ai retrouvé l’inquiétante étrangeté que je ressens devant les œuvres de Schiele…
    Le Rêveur : J’ai beaucoup aimé ta description. Ce qui est drôle, c’est que j’ai, pour ma propre participation, vu l’exposition sur Hubert Robert, et il était question de la mode de la « sublime horreur » qui était en vogue en peinture à l’époque, et cela nous montrait, de Robert mais aussi d’autres, notamment des peintures d’incendie ! Je me suis dit que Turner y aurait eu sa place, d’une certaine façon, même si son style si particulier le met un peu à part. 🙂

    (Le commentaire croisé arrive, il est en cours d’écriture, mais j’avance bien ;))

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  2. Merci Yves et Alphonsine pour vos retours 😉
    En fait je viens de relire ce que j’ai écrit, et finalement je trouve que l’écriture est trop systématique les trois-quarts du temps, du coup j’ai l’impression que ça manque de style. Et en fin de compte, j’aurais aussi pu amener la chute un peu moins brusquement (même si c’était justement cette soudaineté que je voulais rendre à la base).
    Je rejoins Alphonsine, ton texte est lumineux et sonne très vrai, je me suis représentée la situation comme dans un film. (Mais tout de même, qu’ont-ils tous contre la tisane à la camomille ? :p)
    Alphonsine : J’aime comme tu écris, ce style un peu passé et cette mélancolie réchauffante qui imprègne ton texte

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  3. Merci Alice \o/
    Pour ma part, l’enchaînement des phrases ne m’a pas dérangée, dans le sens où cela instaure une certaine normalité que le texte va justement faire voler en éclats à la chute. Mais si ça te gêne, peut-être peux-tu essayer de déconstruire un peu en amont ? Je dis ça, mais pour ma part, j’ai vraiment apprécié ta proposition en l’état. 😉

    (Et notons que j’aime beaucoup la tisane, mais pas celle à la camomille – mais c’est tout à fait subjectif ! :P)

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