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[W] La Chouette effraie de Christian Wasselin

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C’est avec un léger retard que je rends compte de ma lecture de La Chouette effraie de Christian Wasselin, aux éditions Les soleils bleus, reçu dans le cadre du programme Masse critique de Babelio.

Il paraît que le Nord est une terre de polars. Si l’on s’attarde sur les productions de littérature régionale, certains coins prêteraient aux récits historiques et à la gentille littérature de terroir, mais le Nord, apparemment, c’est le roman policier. Je ne sais pas si c’est l’influence de nos voisins belges, les brumes et la pluie ou encore Bons baisers de  Bruges qui fait ça, mais à chaque fois que je suis tombée sur un roman qui se passait dans mon coin, c’était un roman policier.

C’est précisément pour cette raison que j’ai sélectionné La Chouette effraie pour le dernier Masse critique : je voulais savoir à quoi ça ressemblait, un polar du Nord. Et puis les influences revendiquées (roman noir et inspiration gothique), le sous-titre : Roman assez noir… tout cela avait de quoi m’intriguer.

Ceux qui me suivent se souviennent peut-être de ma chronique d’Envoyée spéciale de Jean Echenoz, qui m’avait laissée de marbre. La Chouette effraie se place un peu dans une même veine : ton parodique, pléthore de personnages à qui on n’a pas bien le temps de s’attacher, succession de rebondissements et embrouillaminis d’intrigues, le tout dans un ton désinvolte et volontiers digressif. Pourtant, ce roman-ci m’a davantage convaincue. Pourquoi ?

J’ai d’abord pensé à une question d’ambiance : l’auteur nous balade de Paris à Saint-Omer, en s’attardant sur Lille et les environs d’Arras et, surtout depuis mon petit appartement parisien trop encombré, ça m’a fait du bien de voyager dans les brumes du Nord-Pas-de-Calais. Les sous-bassement du complot politique ne m’ont pas davantage passionnée, mais ils sont tellement pris dans le nœud des intrigues que je les ai lus avec plus d’attention.

Mais ce qui différencie La Chouette effraie de la plupart des autres polars que j’ai pu lire, ce n’est pas sa galerie de personnages, tous plus dérangés les uns que les autres, ni même son atmosphère nordique. C’est une influence double, qui mêle films noirs (ou plutôt néo-noirs) et romans gothiques façon fin XVIIIe siècle. Il y a des fulgurances dans l’écriture, des moments où le narrateur oublie sciemment l’histoire qu’il souhaite nous conter pour nous plonger dans un paysage de marais, de cimetière ou de château en ruines. C’est peut-être là que le roman est le meilleur : quand il mélange ses influences, en fait un bon gros cocktail dont les saveurs contrastées se conjuguent bien ensemble.

D’autres points ne sont peut-être pas assez développés : l’intrigue se place dans une période indéterminée (mi XXe siècle, dirons-nous) mais son contexte politique est resté assez flou à mes yeux : l’auteur mentionne plusieurs fois l’action de gangs et de milices que je ne sais pas bien situer, si bien que je n’ai pas toujours su si le contexte était d’inspiration historique ou inventé. Cela pose assez peu problème dans tous les cas, sachant que le roman joue sans cesse avec notre suspension de l’incrédulité, jusqu’à plonger, peu à peu, dans une folie de moins en moins douce, jusqu’à une apothéose de violence qui rappellera davantage Tarantino qu’Orson Welles.

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Cimetière de Laeken

Sur fond de chef d’oeuvre perdu/inachevé, La Chouette effraie mérite donc que l’on y jette un œil. Si le roman conserve à mon sens quelque maladresses (j’ai eu parfois un peu de mal à accrocher à des personnages féminins qui se cantonnaient parfois un peu trop aux métaphores qu’elles devaient incarner), je me suis fort amusée aux divers surgissements de l’imagerie gothique dans un roman moins d’enquête que d’aventure.

A terme, le roman interroge, en creux, sur le devenir de l’art face à l’envie, la violence et aux pulsions destructrices qui dorment en chacun de nous. En un mot : une curiosité.

Une fois le portail franchi, ils empruntèrent une allée ponctuée de bosquets à l’abandon, de statues mutilées, de vasques brisées, d’arbres inhospitaliers. A gauche, une rivière : le Crinchon, luisant et assoupi comme un alligator. A droite, plus près, un chemin. Au bout du chemin : l’aile orientale du Clos-Chataignac, délabrée, des pierres tombées, une terrasse en forme de demi-lune éteinte, de la mousse et des plantes sans repères dessinant des chimères sur les murs lézardés. Le domaine n’avait de glorieux que ses deux grandes allées, récemment restaurées par les bons soins du Mouvement pour la République Démocratique, la façcade et trois ou quatre salles très fréquentées depuis quelques mois.

– Des fausses ruines ? demanda Kozaï

– Non, répliqua Mazin, Chataignac n’a pas les moyens qu’on pourrait croire.

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