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Bilan 2016, deuxième partie (challenges de lecture, écriture)

A n’importe quel moment que nous la considérions, notre âme totale n’a qu’une valeur presque fictive, malgré le nombreux bilan de ses richesses, car tantôt les unes, tantôt les autres sont indisponibles, qu’il s’agisse d’ailleurs de richesses effectives aussi bien que de celles de l’imagination…

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe

Et c’est parti pour le grand bilan de 2016, suite et fin ! Il me reste en effet deux éléments à aborder : la clôture de trois challenges de lecture, et une petite excursion du côté de l’écriture. Commençons sans tarder :

Trois challenges pour le prix d’un

2016, ou pourquoi j’ai raté mon challenge ABC

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Le bilan de mon challenge ABC 2016 est bien moins brillant que celui de l’année dernière, où j’avais comptabilisé 25 lectures sur les 26 requises : cette année, j’aurai lu 16 livres sur les 26. Il faut dire que je l’ai suivi beaucoup plus distraitement, sans programme pré-établi. J’ai bien sûr essayé de trouver des lectures selon les lettres manquantes, mais j’ai été moins inspirée par les suggestions des libraires et bibliothèques du coin (celles-ci me semblant beaucoup plus attendues que les livres bizarroïdes que ma librairie du XIIe mettait en avant). Ajouter à cela un manque de temps, des lectures pas toujours enthousiasmantes, et cela nous donne un challenge pas mené au bout. Je ne compte pas retenter l’année prochaine, je pense qu’une pause me sera bénéfique, et ce afin de vraiment me faire plaisir dans mes lectures récréatives, bastion de plus en plus menacé.

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Challenge ABC 2016·Lectures

[K] En attendant le vote des bêtes sauvages d’Ahmadou Kourouma

C’était à l’époque où les pays africains étaient plus connus par le nom de leur dictateur que par leur propre nom.

Terrible épopée de la politique africaine au XXe siècle, En attendant le vote des bêtes sauvages de l’ivoirien Ahmadou Kourouma a été publié aux éditions du Seuil en 1998 et a reçu le prix Inter. Mêlant formes traditionnelles de l’oralité africaine aux structures romanesques occidentales, le roman décrit le parcours du président-dictateur Koyaga, dans un pays africain imaginaire.

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Celui-ci écoute, durant 6 veillées, un sora (aède ou chantre) chanter ses louanges tandis qu’un répondeur ou cordoua (sorte de fou du roi) multiplie les pitreries et lui reproche ses vices. Chaque veillée est composée autour d’un thème central, et se divise en chapitres. A la fin de chaque chapitre, le sora récite trois proverbes en lien avec le thème de la veillée. A partir de cette structure, l’auteur nous conte toute l’histoire de Koyaga et de son règne.

Le roman commence par l’histoire des hommes nus des montagnes, dont il est issu, et de ses parents, jusqu’à son passé de soldat. C’est la première veillée, autour du thème de la tradition. La deuxième veillée, qui traite de la prise du pouvoir après la décolonisation par un quadriumvirat, bientôt mis à mal après l’assassinat du président en place par Koyaga, a pour thème la mort. La troisième, qui traite de la prédestination, s’attarde sur le destin de Maclédio, journaliste, qui erre dans l’Afrique à la recherche de son homme de destin, avant de devenir l’instrument de la propagande du dictateur. La quatrième veillée, pour développer le thème du pouvoir, raconte le voyage initiatique de Koyaga qui visite les autres dictateurs africains et bénéficie de leurs conseils pour organiser son régime. Nombre d’attentats sont fomentés contre le dirigeant dans la cinquième veillée, ayant pour thème la trahison, mais ils échouent à chaque fois, et le président-dictateur en profite pour gagner en renommée. Enfin, la dernière veillée s’intitule tout a une fin et s’attarde sur le crépuscule du règne de Koyaga, raison même pour laquelle il fait dire son éloge et récit expiatoire, afin de retrouver sa légitimité. Le roman se termine par une note d’espoir, avec un proverbe annonçant de meilleurs jours à venir : La nuit dure longtemps mais le jour finit par arriver.

Le livre se lit très bien en tant que tel, mais alors que je tournais les pages, je me suis rapidement aperçue qu’il me manquait quelques éléments pour le comprendre. C’est en faisant quelques menues recherches que j’ai appris qu’il s’agissait d’un livre à clef. Les personnages sont inspirés de personnages réels et nombre d’événements relatés sont en fait réellement arrivés. Pour reprendre les mots de l’auteur, tirés d’un entretien publié dans Politique africaine en octobre 1999 :

Nombre de faits et d’événements que je rapporte sont vrais. Mais ils sont tellement impensables que les lecteurs les prennent pour des inventions romanesques.

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Challenge ABC 2016·Lectures

[G] Sous les couvertures de Bertrand Guillot

Qu’allaient-ils devenir ? Chaque semaine, il se trouvait un nouveau roman pour poser la même question angoissée. Et chaque semaine le débat finissait par prendre, car au fond les livres n’aimaient rien tant que se raconter les mêmes histoires.

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En cette rentrée littéraire qui s’amorce, je trouve qu’il est plus que temps de parler de Sous les couvertures, roman paru en septembre 2014 (en pleine… rentrée littéraire, justement) aux éditions rue Fromentin. Rien sans doute ne m’aurait poussée à lire ce court roman, presque un conte, s’il n’avait été mis en avant sur les tablettes de ma bibliothèque professionnelle : qui viendrait lire un bouquin qui est sorti il y a deux ans quand les premiers livres de la rentrée pointent leurs banderoles rouges pleines de promesse ? (Souvenez-vous de cela, c’est important). Parce que cela tombe bien, puisque c’est exactement le sujet de ce petit roman, léger, tendre, et plutôt bien campé.

Sous les couvertures relève à la fois de l’apologue et du rêve d’enfant. Dans une librairie de quartier qui se meurt doucement, figée par l’habitude et pliant sous la concurrence des géants du Web, les livres se réveillent dès lors que le vieux libraire et sa petite employée baissent le rideau de fer de la boutique. Un week-end, alors que des cartons de nouveautés arrivent, l’inquiétude est à son comble : qui sera envoyé au pilon pour leur faire de la place ? Les livres du fond de la librairie, menés par un grand roman ambitieux, organisent une révolte. Leur but ? Détrôner les best-sellers, les livres sur la table devant le comptoir que tout le monde achète déjà et que le libraire, faute de temps et d’énergie, met en avant pour plus de facilité. Mais, comme beaucoup de révolutions, les faits débordent bien vite des utopies de départ.

L’auteur alterne entre un chapitre du point de vue de nos révoltés de papier et un chapitre du point de vue d’un personnage humain (tour à tour le vieux libraire, son employée Sarah,  l’auteur de tel ou tel titre dont nous suivons les aventures, ou encore le patron d’une célèbre librairie américaine en ligne que nous ne nommerons pas). Cela fait moins de 200 pages, cela se lit tout seul, dans un style simple et efficace, et l’on aurait pu craindre toutes les maladresses possibles et imaginables, car, nous l’avons vu à plusieurs reprises, parler des mutations du monde du livre sans manichéisme est tout sauf évident*. Poursuivre la lecture « [G] Sous les couvertures de Bertrand Guillot »

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[T] Le Chardonneret de Donna Tartt

Si un tableau se fraie vraiment un chemin jusqu’à ton cœur et change ta façon de voir, de penser et de ressentir, tu ne te dis pas « oh, j’adore cette œuvre parce qu’elle est universelle », « J’adore cette œuvre parce qu’elle parle à toute l’humanité ». Ce n’est pas la raison qui fait aimer une œuvre d’art. C’est plutôt un chuchotement secret provenant des ruelles. Psst, toi, hé gamin, oui, toi. Un bout de doigt qui glisse sur la photo fanée.

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Commencé il y a plus de dix ans aujourd’hui, Le Chardonneret de Donna Tartt résonne tout particulièrement dans des temps troublés comme le nôtre. Grand pavé d’environ 800 pages, le roman a pourtant failli me tomber des mains à ses tout débuts : la faute à une exposition particulièrement classique, qui m’a fait craindre un rien de pose, trop de mélodrame. Posons un peu le contexte. Nous sommes dans une chambre d’hôtel à Amsterdam. Théodore Decker tourne dans sa chambre comme un lion en cage. Il a fait quelque chose de grave, on ne sait pas vraiment quoi. Il erre, son esprit vagabonde ; il vivote en attendant quelque chose – réponse ou châtiment. Et il repense, alors qu’elle semble lui apparaître, à sa mère disparue. Flash-back.

Je me suis fait un peu beaucoup avoir ces derniers temps, alors j’étais un peu méfiante. Je me laisse trop facilement attraper par les expositions à base de mais que s’est-il donc passé ?! Je me suis accrochée, pourtant, et j’ai retrouvé Théo à 13 ans, avec ses préoccupations de gamin normal. Il est convoqué par le principal avec sa mère, parce qu’il a fait je ne sais plus quelle bêtise (sans doute a-t-il été surpris à fumer quelque part). Le rendez-vous est à onze heures alors ils ont le temps, ils se promènent un peu… et puis sa mère y pense, il y a cette exposition de peintres flamands au Metropolitan Museum of Art, il faut absolument y aller avant que ça ne se termine, elle doit lui montrer quelque chose, un tableau qui a compté pour elle…

C’est là que tout s’enchaîne. Le roman nous explose à la figure, avec ou sans vilain jeu de mots ; les événements s’enchaînent, et surgissent autant de personnages hauts en couleur, façon roman-fleuve du XIXe siècle. A partir de là, cependant, je me dois de vous avertir. Je ne sais pas si l’intérêt du livre est dans son intrigue – je pense dans tous les cas qu’il ne se limite pas à cela – mais les effets de surprise y sont bien maîtrisés, et participent de l’état de sidération qui frappe notre personnage à plusieurs reprises. Dans tous les cas, le paragraphe suivant révèle quelques éléments de l’intrigue.

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[R] A prendre ou à laisser d’Henri Roorda

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Je ne connaissais pas Henri Roorda avant de tomber sur lui dans Une forêt cachée, où Eric Dussert dresse le portrait de 156 écrivains oubliés. Destins tragiques, mauvaises combinaisons de circonstances, œuvres maudites : lire les présentations pleines d’esprit et d’érudition d’Une forêt cachée ne donne qu’une envie, celle de découvrir tous ces (non) illustres paumés. Hélas, leurs ouvrages ne sont pas toujours si faciles à trouver.

Par chance, l’excuse ne tient plus pour Henri Roorda. Les Mille et une nuits rééditent en effet ses ouvrages, et c’est ainsi que je suis tombée sur A prendre ou à laisser, le programme de lecture du professeur d’optimisme, il y a quelques mois, en librairie, alors que je cherchais vainement un peu de bonne humeur. Le petit volume a traîné un moment dans mes rayonnages mais juste avant mes vacances, et puisqu’il me fallait un classique du mois de juillet, je l’ai pris et je l’ai lu. En voici la chronique, avec un peu de retard…

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