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Bilan 2016, deuxième partie (challenges de lecture, écriture)

A n’importe quel moment que nous la considérions, notre âme totale n’a qu’une valeur presque fictive, malgré le nombreux bilan de ses richesses, car tantôt les unes, tantôt les autres sont indisponibles, qu’il s’agisse d’ailleurs de richesses effectives aussi bien que de celles de l’imagination…

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe

Et c’est parti pour le grand bilan de 2016, suite et fin ! Il me reste en effet deux éléments à aborder : la clôture de trois challenges de lecture, et une petite excursion du côté de l’écriture. Commençons sans tarder :

Trois challenges pour le prix d’un

2016, ou pourquoi j’ai raté mon challenge ABC

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Le bilan de mon challenge ABC 2016 est bien moins brillant que celui de l’année dernière, où j’avais comptabilisé 25 lectures sur les 26 requises : cette année, j’aurai lu 16 livres sur les 26. Il faut dire que je l’ai suivi beaucoup plus distraitement, sans programme pré-établi. J’ai bien sûr essayé de trouver des lectures selon les lettres manquantes, mais j’ai été moins inspirée par les suggestions des libraires et bibliothèques du coin (celles-ci me semblant beaucoup plus attendues que les livres bizarroïdes que ma librairie du XIIe mettait en avant). Ajouter à cela un manque de temps, des lectures pas toujours enthousiasmantes, et cela nous donne un challenge pas mené au bout. Je ne compte pas retenter l’année prochaine, je pense qu’une pause me sera bénéfique, et ce afin de vraiment me faire plaisir dans mes lectures récréatives, bastion de plus en plus menacé.

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Challenge Clasique 2016·Lectures

Olivia de Dorothy Bussy

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Depuis que j’ai lu Une chambre à soi, l’ombre de Virginia Woolf plane sur tout ce que je fais. Le destin des jeunes filles américaines dans les années 1960, évoqué par Emma Cline dans The Girls y a fait écho. Mon prochain sujet de dissertation porte sur les jeunes filles telles que Flaubert les évoque dans son Dictionnaire des idées reçues de Flaubert :

Filles. Les jeunes filles : Éviter pour elles tout espèce de livres. — Articuler ce mot timidement.

Je retourne bientôt à Londres, pendant deux jours, là où j’ai vu une exposition qui lui était consacrée. Et dimanche dernier, je me suis retrouvée à lire Dorothy Bussy, qui fréquentait le  groupe Bloomsbury et a été publiée par Hogarth Press, la maison d’édition qui avait été fondée par Virginia et Leonard Woolf. Bref, depuis que je me suis décidée à la lire, Virginia Woolf est partout. Cela devrait m’inciter à écrire une bonne fois pour toutes ma chronique sur Une chambre à soi… mais je n’en fais rien et aujourd’hui, je vais plutôt vous parler d’Olivia, ma dernière lecture. C’est déjà ça !

Réédité par le Mercure de France, Olivia de Dorothy Bussy a été publié en 1949 en France, chez Stock, dans une traduction de Roger-Martin du Gard, et en 1950 en Angleterre. Le roman prend pour point de départ les souvenirs, fort romancés, de leur auteur : Dorothy devenue Olivia, seize ans, est issue d’une famille aussi nombreuse que victorienne. Elle est envoyée en France, dans un pensionnat de jeunes filles, afin de parfaire son éducation. Elle y développe alors une véritable fascination pour mademoiselle Julie, professeure charismatique. Celle-ci, sans que l’élève en prenne conscience tout d’abord, tient de plus en plus de l’amour passionnel, tandis que Mademoiselle Julie tente de garder ses distances. Cette situation dégénère et Olivia assiste bientôt à une catastrophe d’ampleur sans bien comprendre qu’elle y a, indirectement ou non, participé…

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Challenge Clasique 2016·Lectures

[F] Ma vie et la danse de Loïe Füller

Je suis allée voir le film La Danseuse de Stephanie di Giusto il y a quelques semaines. J’en suis ressortie embarquée par les voiles de la Loïe, mais surtout pleine de questionnements en tous genres : parmi elles, quel était ce personnage de marquis, dont je n’avais jamais entendu parler ; quelle est la part de mise en scène dans la représentation de ses relations avec Isadora Duncan, et bien d’autres encore. Je me suis alors souvenue que j’avais acheté ce petit livre au CND, après avoir vu une performance d’Ola Maciejewska sur le thème.

Loïe Füller ne m’était pas totalement inconnue. Je travaille sur la littérature de la fin du XIXe siècle et la danseuse y est fréquemment mentionnée. A tel point qu’un chapitre entier de l’ouvrage de Guy Ducrey, Corps et graphies, poétique de la danse et de la danseuse à la fin du XIXe siècle, est consacré au sujet. Le corps charmait d’être introuvable (Rodenbach), Elle a vraiment créé la danse nouvelle (Jean de Tinan), Une fleur de rêve avait surgi des ténèbres (Jean Lorrain)… Mystérieuse créature, sylphide ou encore salamandre, Loïe Füller et ses voiles a nourri tant les rêves que les sensations d’art des plus grand écrivains du siècle.

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Challenge Clasique 2016·Challenges de lectures·Lectures·Les Introuvables

[Les Introuvables] L’Hôtel du Nord d’Eugène Dabit, et Le Livre de demain

Il y a Hôtel du Nord et L’Hôtel du Nord. Le premier, c’est le célèbre film de Marcel Carné, dont le couple de jeunes premiers, gentiment geignards, est éclipsé par Arletty et Louis Jouvet. Le second, L’Hôtel du Nord, avec un article, c’est le roman d’Eugène Dabit, qui fut publié en 1929 et qui fut en partie éclipsé par son adaptation. Or, après avoir revu le film il y a peu, je me suis dit qu’il serait intéressant de découvrir l’œuvre originale. J’ai écumé les sites de livres d’occasion et, par intuition, j’ai choisi d’éviter les nombreux livres de poche (édition Folio essentiellement) qui se présentaient, et qui portaient en couverture les visages d’Arletty et de Jouvet. Je me suis plutôt rabattue sur une édition plus ancienne, de peu de valeur. Grand bien m’en fasse ! Cela me donne l’occasion de vous présenter enfin ma cinquième chronique des Introuvables, en ce début du mois de septembre.

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Le Paris populaire pour toile de fond

Né en 1898, Eugène Dabit est fils d’ouvriers. Apprenti serrurier, son apprentissage est interrompu par la guerre car il doit subvenir aux besoins de sa mère avant d’être incorporé à son tour en 1916, dans l’artillerie lourde. Après la démobilisation, il reprend des études d’art et de peinture et lance avec succès une entreprise de peinture sur soie. C’est grâce aux fonds récoltés ainsi qu’à des prêts accordés par la famille que les parents d’Eugène Dabit deviennent propriétaires en 1923 d’un hôtel au bord du canal Saint-Martin. Situé au 102, quai de Jemmapes, dans le 10e arrondissement, à Paris, il s’agit du fameux Hôtel du Nord — c’est là que vous voyez que mon petit aparté biographique n’est pas tout à fait inutile.

Logé par ses parents à l’hôtel, Eugène Dabit occupe parfois la fonction de portier de nuit. En 1929 paraît L’Hôtel du Nord aux éditions Denoël. On y suit les Lecouvreur, de l’achat du bail de l’hôtel à sa destruction : les gérants et, plus encore qu’eux, l’hôtel lui-même, servent de fil rouge à un récit qui va de personnages en personnages, s’arrêtant sur un destin particulier, un ressenti éphémère, un incident, avant de changer de focus, de s’intéresser au voisin. Dabit enchaîne ainsi les anecdotes, qui sont autant d’occasions de multiplier les portraits du petit Paris : camionneurs, filles de la campagne fraîchement débarquées à Paris, mères célibataires, malades, ménages ouvriers ou acteurs sans le sou.. L’auteur ne cherche ni le sublime ni le romanesque : il s’applique à livrer des tranches de vie. La citation choisie de Jean Guéhenno choisie en exergue nous donne la clé de son esthétique :

Désormais notre laideur même ne se voit pas. Rien qui distingue l’un de nous, le fasse reconnaître. Rien en lui qui arrête le regard, éveille l’attention et l’amour. Nous ne sommes même pas pittoresques. Nous ne sommes ni gentils ni touchants. Chacun de nous, pris à part, ferait un mauvais héros de roman.

Jean Guéhenno

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Challenge Clasique 2016·Lectures

Du côté de chez Swann de Marcel Proust (Chronique rêvée)

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J’ai attendu d’avoir fini le dernier tome, il y a maintenant six ans, avant de m’autoriser à dire, avec la familiarité des connaisseurs, La Recherche, pour désigner le chef d’oeuvre de Marcel Proust. Je sortais alors d’une licence de lettres, et je me trouvais si peu d’intelligence et de talent que je ne pensais pas pouvoir écrire un jour. Lire La Recherche m’avait confortée dans cette idée : tout ce qui compte, tout ce qui tremble en nous, semblait y avoir été dit, et je n’ai fait, pendant un temps, que chercher des échos, dans l’art comme dans la vie, d’une oeuvre que j’admirais sans nuance. Je me suis promis de la relire – j’ai même songé à instaurer une sorte de rendez-vous, tous les dix ans, où un Proust toujours le même rencontrerait une moi foncièrement différente. Et puis, dix ans, cela m’a paru trop long. J’ai déjà tellement changé que je serais bien incapable de parler à l’Alphonsine qui valide tranquillement sa licence de lettres en province. De quoi devrais-je la prévenir ? Quels conseils aurais-je pu lui donner ?

C’était un soir, alors que les délais, les dates butoirs me menaçaient de partout, j’ai levé les yeux vers la plus haute de mes étagères, celle où je range les livres qui ont de l’importance, ceux qui m’ont façonnée, ceux que je dois retrouver sans délai en cas d’urgence, lorsque le coeur vacille. J’y ai cueilli Du côté de chez Swann, je me suis mis à le lire, et le  temps s’est arrêté.

Mon édition est un vieux livre de poche, au dos plié (c’était du temps où les livres de poche étaient encore très rigides) à la couverture qui s’abîme et aux pages déjà jaunes. Je l’ai acheté il y a longtemps. Les marges sont très réduites et, pire encore, l’encre tient mal sur les pages, si bien que chaque fois que mes doigts débordent un peu sur le texte, l’encre bave et tache. Le texte y est serré au possible. Je me dis, ce soir-là, qu’il faudrait que je me rachète une édition plus récente, plus jolie, plus confortable. Mais lorsque je commence ma lecture, parce que bon, je l’ai tout de même sous la main, Longtemps, je me suis couché de bonne heure, il devient bientôt évident que je ne dois surtout pas racheter une autre édition. Qu’il importe que ma lecture se fasse dans ce vieux bouquin-là, tout corné, avec des petits passages soulignés au crayon gris par une inconnue que j’ai peine à reconnaître.

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