Challenge Monopoly·Lectures

Magie de G.K Chesterton [Bookopoly] (mini chronique)

magie.inddOù finit la rationalité, où commence la croyance ? L’arrivée d’un magicien chez un homme de la haute société, trop libéral même aux yeux des anglais, sème le doute chez ses invités. Tandis que le duc donne des fonds aux associations végétariennes et anti-végétariennes, à toutes les paroisses et et à toutes les causes et contre-causes, deux jeunes gens, une demoiselle élevée dans les croyances irlandaises et un jeune homme rompu aux discours du monde des affaires américain se trouvent confrontés au mystérieux et à l’inconnaissable. En effet, quand les tours du magicien dépassent le simple cadre des petits tours de passe-passe, le doute s’installe et le plus fragile n’est pas forcément celui qu’on croit.

Une pièce courte, enlevée, que j’ai pris pas mal de plaisir à lire. Je ne suis pas certaine qu’elle me laisse un souvenir impérissable, mais je crois que jouée, elle peut vraiment être troublante. Et elle livre en passant un intéressante réflexion sur la croyance, la spiritualité et sur la création.

Avec cette courte lecture, je valide une case de mon challenge Bookopoly : Lire un livre parlant de dragon ou de magie.

Challenge Monopoly·Challenges de lectures·Lectures

Sans voix d’Edward St-Aubyn [Bookopoly #04]

CVT_Sans-voix_57

Je crois que j’ai quelque part, enfoui en moi, un obscur et génial sens du timing. Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive : je traverse une épreuve, et je prends conscience que je viens de lire ou que je suis en train de lire un ouvrage qui lentement m’y préparait. Comme une sorte d’intuition dont je ne me rendrais pas compte. Aujourd’hui, ce livre, c’est Sans voix d’Edward St-Aubyn. Poursuivre la lecture de « Sans voix d’Edward St-Aubyn [Bookopoly #04] »

Challenge ABC 2015·Challenge Monopoly·Challenges de lectures·Lectures

Deux amantes au caméléon de Francine Prose

deux amantes au caméléon

Oh, ce que ça fait du bien, de se plonger dans un bon livre ! Pas que les précédents m’aient déplu, loin de là, mais j’ai eu un peu de mal, après La Femme en vert d’Indridason, à trouver quelque chose qui m’attrape au vol. Ressentir la lecture d’un livre comme une nécessité, un besoin, est quelque chose qui m’a longtemps manqué. J’ai retrouvé ça avec Deux amantes au caméléon. Tout a commencé par une photographie de Brassaï : Couple de lesbiennes au monocle (1922). Dans une courte préface, l’auteur confie la fascination qu’elle a éprouvée pour cette photo, a fortiori lorsqu’elle a découvert que la femme à droite était Violette Morris. D’abord grand espoir du sport dans des disciplines nombreuses et variées, la jeune femme s’est vue retirer sa licence alors qu’elle se préparait aux jeux olympiques. Elle intente à procès à la fédération, qu’elle perd, ce qui la rend plus qu’amère. C’est alors qu’elle est invitée d’honneur aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Peu après, elle devient espionne pour le compte de l’Allemagne puis agent de la Gestapo.

Quand j’ai raconté le destin de Violette et, partant, celui de l’héroïne de Deux amantes au caméléon qui en est directement inspiré, mon amoureux m’a regardée avec le plus grand scepticisme. Cela devait lui sembler trop romanesque pour être honnête. Mais Francine Prose a bien fait les choses. Déjà, son sujet s’est élargi au fur et à mesure de l’écriture et ne tourne plus uniquement autour de Violette, devenue Lou Villars dans le roman. L’évocation de son destin permet, parallèlement, de ressusciter tout le Paris d’entre-deux-guerres, et surtout le milieu des artistes : Yvonne, la patronne du Caméléon, le photographe hongrois Gabor (inspiré de Brassaï), l’écrivain américain Lionel Maine, Suzanne, petite amie de l’un et de l’autre, la baronne Lily de Rossignol et tous les autres. C’est d’abord une insouciance, une sorte de fuite en avant dans les fêtes parisiennes mais, avec la montée du nationalisme français et de la menace allemande, ce petit monde plonge peu à peu dans la tourmente.

Écrire une telle fresque me semble un exercice très difficile, et le procédé choisi n’arrange rien à l’affaire. Non seulement Francine Prose alterne les points de vue, mais chaque personnage se caractérise par un genre d’écriture particulier : Gabor nous apparaît dans les lettres qu’il envoie à ses parents, la baronne et Suzanne par leurs mémoires – excepté que ceux de Suzanne devraient être détruits à sa mort ; l’écrivain Lionel Maine par des extraits de ses œuvres. A cela s’ajoute une biographie auto-éditée de Lou Villars rédigée par une petite enseignante, dans le monde contemporain – et où la vie de l’héroïne s’éclipse parfois devant les hésitations et les fantasmes de sa biographe. Le tout forme un ensemble virtuel, qui n’aurait jamais pu être rassemblé comme tel – les mémoires de Suzanne étant destinés à être détruits après sa mort – et figure en cela une expérience morcelée, parfaite pour rendre une réalité qu’on ne peut peindre que par touches. Le choix de l’auteur de s’inspirer de près du passé tout en changeant les noms lui permet une liberté et un recul non négligeables – tout en interrogeant, par les hésitations de l’inexpérimentée biographe, la question de la fictionnalisation d’une telle histoire.

Comment expliquer le basculement de Lou Villars dans l’espionnage et la collaboration la plus active ? L’épilogue, dans une comparaison pour le moins surprenante, donne une clé pour répondre à cette question mais, tout au long du roman, les personnages rechignent, reculent et n’osent pas réellement affronter le problème. Si je devais émettre une et une unique réserve, peut-être aurais-je aimé voir davantage l’effet du choc de découvrir ce qu’est devenu et ce qu’a fait quelqu’un qu’on a tant côtoyé : interroger l’après, la reconstruction des personnages qui sont sortis vivants de la guerre aurait pu être intéressant. Cela nous sortait cependant du propos initial de Deux amantes au caméléon. De plus, tout en décrivant son action en tant qu’espionne et collaboratrice, le livre réussit à susciter de l’empathie pour Lou Villars, qui va de galère en galère, et dont le seul but, initialement, semblait être de pouvoir vivre sa vie et ses amours en paix. Plus son identité est mise à mal, plus sa situation est précaire, plus Lou voit la France menacée par les étrangers et les médiocres ; en offrant un baume à son ego blessé, l’Allemagne nazie et avec elle Hitler lui apparaissent comme un Deus ex machina venu reconnaître enfin sa valeur bafouée. Ainsi le roman parvient-il à un fragile équilibre, où il permet de mieux comprendre sans excuser, et où il raconte l’histoire de quelques individus dans ces heures sombres, sans créer de héros ou de méchants antagonistes. Peut-être est-ce là l’énigme du mal que nous promet la quatrième de couverture : que nous ne sommes tous qu’humains.

Un nombre incalculable d’écrits ont narré la carrière de meurtriers et de voleurs qui auraient pu mourir les mains propres si le destin ne les avait pas mis en présence de la seule personne pouvant éveiller le mal en eux.

En un mot, un livre passionnant, que je recommande. Et cela me permet, en sus, de valider une case du mon Bookopoly. 🙂

Challenge Monopoly·Challenges de lectures·Lectures

La curiosité est un péché mortel d’Ann Granger [Bookopoly #02]

ann granger

En général, je dis un peu partout que le policier, ce n’est pas mon truc, et au fond, c’est un peu vrai. Certains codes et ficelles me tiennent en haleine sur l’instant mais par la suite, je ne garde pas un souvenir impérissable de ma lecture. C’est en fait la lecture légère par excellence, le moment de détente où je me laisse, simplement, cueillir par une histoire. Dans ces moments-là, j’ai une propension à choisir les policiers historiques et donc, après Anne Perry et Jean-François Parot, je découvre Ann Granger.

La curiosité est un péché mortel est le deuxième opus de la série des Lizzie Martin. Il suit en effet les aventures d’un duo d’amis d’enfance, Elisabeth Martin et Benjamin Ross, dans l’Angleterre des années 1860. Dans celui-ci, Lizzie est envoyée dans le sud de l’Angleterre pour être la dame de compagnie de Mrs Craven, une très jeune fille qui vient de perdre son enfant et dont le mari a été envoyé en Chine. Sous la coupe de ses deux tantes, Christina et Phoebe Roche, Lucy Craven s’étiole et l’on en vient à douter de sa santé mentale : la jeune femme répète à qui veut l’entendre que son enfant n’est pas mort et qu’il faut le retrouver. A cette situation déjà fort suspecte s’ajoute bientôt le meurtre d’un attrapeur de rats.

A vrai dire, je trouve que ça commence vraiment bien. Tous les éléments sont petit à petit mis en place et l’alternance des points de vue de Lizzie Martin et Ben Ross permet de rassembler les informations complémentaires et de s’interroger sur le mystère. J’ai lu le roman quasi d’une traite, en une soirée. Hélas, j’ai trouvé la fin un peu décevante : malgré les efforts de l’auteur pour brouiller les pistes, les personnages antipathiques semblent bel et bien avoir des choses à  se reprocher. J’aurais aimé davantage de personnages ambigus. Le contexte victorien favorise aussi des personnages un peu trop propres sur eux. Non que Lizzie ne soit pas attachante, par ailleurs, ou que les personnages soient non plus parfaits (j’ai particulièrement apprécié, par exemple, le point de vue de Benjamin sur Lizzie qui, tout en reconnaissant son intelligence, ne parvient à se départir d’un certain paternalisme), mais ça manque encore un peu d’accrocs. Difficile en effet d’animer des personnages historiques et de les rendre à la fois conformes à leur époque et hauts en couleur.

Dans tous les cas, l’auteur parvient très bien à retranscrire l’époque et ses convenances, et l’enquête respecte les contraintes spécifiques à leur temps. De plus, malgré les réserves susdites, je n’ai tout de même pas boudé mon plaisir en cours de route et reste curieuse des autres tomes de la série. Une lecture sympathique et légère qui me fait un peu avancer dans le Challenge Monopoly !

Challenge Monopoly·Challenges de lectures

Bookopoly, le récapitulatif.

déPremier tour !

J’ai lancé le dé, et fait un. J’atterris donc sur la première case : Lire un livre dont l’histoire se déroule dans un autre monde ou un autre pays. Pour valider cette case, j’ai lu L’Histoire sans fin.

J’ai ensuite fait un cinq.  Je tombe ainsi sur la sixième case : Lire un livre d’une série (ex : la série Myron Bolitar de Harlan Coben). J’ai lu La curiosité est un pêché mortel d’Ann Granger, de la série des Lizzie Martin.

Comme le dé et moi, on n’est pas copains, j’enchaîne avec un nouveau un, et la prochaine lecture du Bookopoly sera donc un livre un livre à propos d’une personne célèbre. Cela tombe bien : je pensais d’abord lire Les Jardins de Kensington de Rodrigo Fresan, mais j’ai finalement opté pour Deux amantes au caméléon de Francine Prose, inspiré des destins de Brassaï et Violette Morris.

C’est ensuite avec un cinq que je tombe sur une case chance : Lire un livre drôle. C’est chose faite avec Sans voix d’Edward St-Aubyn, satire des milieux littéraires !

Case suivante : Lire un livre avec de la magie ou des dragons. Magie de G. K Chesterton remplit parfaitement cet office. Je fais de nouveau un quatre et tombe sur Un livre avec un nom de lieu. Je suis en train de chercher ma lecture pour valider cette case et finir mon premier tour de plateau.

2015-05-11 15.08.23