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Bilan 2016, deuxième partie (challenges de lecture, écriture)

A n’importe quel moment que nous la considérions, notre âme totale n’a qu’une valeur presque fictive, malgré le nombreux bilan de ses richesses, car tantôt les unes, tantôt les autres sont indisponibles, qu’il s’agisse d’ailleurs de richesses effectives aussi bien que de celles de l’imagination…

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe

Et c’est parti pour le grand bilan de 2016, suite et fin ! Il me reste en effet deux éléments à aborder : la clôture de trois challenges de lecture, et une petite excursion du côté de l’écriture. Commençons sans tarder :

Trois challenges pour le prix d’un

2016, ou pourquoi j’ai raté mon challenge ABC

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Le bilan de mon challenge ABC 2016 est bien moins brillant que celui de l’année dernière, où j’avais comptabilisé 25 lectures sur les 26 requises : cette année, j’aurai lu 16 livres sur les 26. Il faut dire que je l’ai suivi beaucoup plus distraitement, sans programme pré-établi. J’ai bien sûr essayé de trouver des lectures selon les lettres manquantes, mais j’ai été moins inspirée par les suggestions des libraires et bibliothèques du coin (celles-ci me semblant beaucoup plus attendues que les livres bizarroïdes que ma librairie du XIIe mettait en avant). Ajouter à cela un manque de temps, des lectures pas toujours enthousiasmantes, et cela nous donne un challenge pas mené au bout. Je ne compte pas retenter l’année prochaine, je pense qu’une pause me sera bénéfique, et ce afin de vraiment me faire plaisir dans mes lectures récréatives, bastion de plus en plus menacé.

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1% Rentrée littéraire 2016·Challenge Myself 2016·Lectures

[1% Rentrée littéraire] Chanson douce de Leïla Slimani

Voyez comme je suis originale ! Pour mon petit tour d’horizon (façon trois petits tours et puis s’en va) de la rentrée littéraire, j’ai jeté mon dévolu sur un livre dont on parlait déjà pas mal avant qu’il n’obtienne le prestigieux Prix Goncourt. Que pourrais-je même dire de cette lecture qui n’ait pas été dit, redit, et repris dans la presse ?

Résumons tout de même, pour ceux qui ne suivraient pas l’actualité littéraire (choix compréhensible) ou ceux qui liront ce billet 3 ou 4 ans après sa publication (bonjour du passé !). Chanson douce commence sur les chapeaux de roue : les secours se pressent au pied d’un petit appartement parisien pour emmener deux enfants, l’un mort, l’autre en passe de l’être, et leur nounou qui a tenté de mettre fin à ses jours. A partir de l’événement choc, le livre va reprendre l’histoire à son début et dérouler les épisodes un à un jusqu’au basculement. Le tout entrecoupé de témoignages venant de personnages ayant fréquenté ladite nounou, à un moment ou à un autre de sa vie. J’avais déjà parlé de ce type de structure dans ma critique de Bellevue de Claire Berest, publié l’année dernière. Aujourd’hui, j’aurais presque envie d’appeler ça une structure à la Moffat.

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Steven Moffat est un scénariste que l’on connaît tous. Il est derrière la série Sherlock avec Benedict Cumberbatch et Martin Freeman, il a signé de très bons épisodes de la série  britannique Dr Who, et en est le scénariste principal depuis 2010. Et si je reste marquée durablement par de nombreux épisodes qu’il a écrits (The Empty Child en est un), le visionnage un peu trop intensif des dernières saisons de Dr Who m’a fait remarquer chez lui des structures narratives récurrentes. Avec Monsieur Alphonsine, on a joué à plusieurs reprises à deviner, à l’introduction, si l’épisode était de Moffat ou d’un autre. Souvent, lorsque l’épisode est signé Moffat, les premières minutes nous plongent in medias res et, surtout, au point culminant de l’action : les personnages sont très mal en point, menacés de mort, d’aliénation étenelle, le monde va s’effondrer, tout ce que vous voulez. On retourne ensuite au début de l’histoire et on reconstitue morceau par morceau ce qu’il s’est passé. De préférence pas tout à fait dans l’ordre, ou en revenant de temps en temps à la situation-choc présentée en premier. Le but est multiple, mais il est simple : susciter la curiosité et accrocher rapidement le spectateur à l’histoire, mais aussi disséminer les éléments d’information pour que la résolution soit difficile à trouver et obtenir le bon effet de surprise une fois qu’elle sort du chapeau. C’est une structure narrative très utilisée aujourd’hui et nul doute que la narration sérielle, qui a ses buts et ses codes propres, l’a exacerbée. Or, Chanson douce comme Bellevue commencent de la même façon, en fanfare, posant tout de suite le moment fort et suscitant toutes les questions possibles et imaginables. J’en ai parlé dans ma chronique : à mon sens, Bellevue ne parvient pas tout à fait à tenir le pari ambitieux qu’un tel incipit inscrit dans nos horizons d’attente. Qu’en est-il pour le roman de Leïla Slimani ?

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Rosalie, d’Ange Pechméja

On ne peut pas dire qu’Ange Pechméja soit un auteur connu. Né en 1819 à Saint-Céré, Pechméja commence une carrière de journaliste engagé. Déporté après le coup d’état de Napoléon III, il est déporté et bourlingue à travers le monde, tout en correspondant avec nos écrivains préférés (Gautier, Flaubert et Baudelaire). C’est alors qu’il se réfugie chez ses parents qu’il entame une longue nouvelle, intitulée Rosalie, dont l’inspiration semble assez autobiographique.

Je me suis intéressée à Rosalie après ma lecture, qui commence à dater un peu, des conseils d’écriture d’Antoine Albalat, qui le citait, si mes souvenirs sont bons, comme un exemple à suivre. Il m’aura simplement fallu mener quelques recherches, car Albalat avait mal retranscrit le nom de l’auteur ; une fois l’orthographe correcte retrouvée, ce fut tout de suite plus facile. D’autant plus que l’ouvrage est proposé en ebook sur Gallica. Plus d’excuses, dès lors : je me suis lancée dans ma lecture. C’était il y a quelques mois.

 grisette gavarni

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[J] Métal de Jānis Joņevs

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Intitulé Jelgava 94 en langue originale, le roman de Jānis Joņevs s’ouvre sur un événement fondateur pour le héros : comme beaucoup de jeunes des années 90, celui-ci entend parler de rock et de musique alternative à l’occasion de la mort de Kurt Cobain. Il découvre Nirvana et le grunge. Première étape. C’est un gamin comme les autres. Bon élève, binoclard. Il écoute des cassettes dans le salon sous les récriminations de ses parents. Et puis cela va un peu plus loin. L’éventail des groupes s’ouvre davantage. Le petit commence à faire pousser ses cheveux même si ça ne ressemble pas encore à grand chose, et puis il cherche un plus gros son de guitare, une voix plus rauque… Il passe par l’indus, le métal, le death, le black, le doom…

Quand j’ai vu passer ce bouquin je ne sais plus où – je l’ai vu passer ailleurs depuis – je me suis dit avec enthousiasme : enfin, on parle de métal en littérature ! Et puis j’ai eu peur, parce que je me suis demandée ce qu’on allait en dire. Je me suis demandée si le milieu letton du métal était si différent de celui que j’avais connu. Je voulais aussi savoir de quel métal on allait me raconter l’histoire.

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[E] Envoyée spéciale de Jean Echenoz

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J’en parlais il y a quelques temps : entre Echenoz et moi, ça partait mal. Depuis, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai embarqué la liseuse chez le coiffeur, où j’ai lu la moitié d’ouvrage qu’il me restait. Mais j’ai éteint mon appareil tout aussi perplexe.

Le monde entier est en train de me dire qu’il faut aimer cet auteur. Ça a commencé en librairie, où le livre est sur tous les présentoirs. Il avait même son petit bandeau bleu, annonçant simplement Jean Echenoz. J’ai même lu je ne sais plus où : Le nouveau Echenoz est arrivé ! Le nom est un argument marketing – ou, du moins, une référence. J’ai lu des critiques dithyrambiques ça et là. Télérama parle de « mécanismes de haute précision, divinement conçus, réglés avec une minutie d’horloger suisse et huilés par un humour hautement métaphysique » ; un lecteur Babelio utilise le même genre de métaphore, puisqu’il parle de « haute couture ». Et, cela a été communiqué hier, Jean Echenoz est lauréat de prix 2016 de la BnF pour l’ensemble de son oeuvre.  Alors je vais vous avouer mon impuissance un peu honteuse : je ne comprends pas pourquoi. Il est très probable que j’aie tort, vu le consensus que j’ai vu se déployer chez critiques, lecteurs et institutions.

Je n’aurai donc pas prétention à dire au monde entier qu’il a tort : au delà d’un certain stade, il est plus sain de se demander ce que nous, nous avons manqué, plutôt que d’accuser les gens, la société ou les Illuminatis. D’ailleurs, Envoyée spéciale est peut-être un des livres pour lesquels j’ai lu le plus de critiques, parce que j’espérais y trouver une clé de lecture qui m’avait manquée pour apprécier pleinement l’oeuvre ; comme un coup de baguette magique qui aurait transfiguré tout ce qui me faisait tiquer pour en révéler le sens profond. Mais rien n’y a fait. Alors tout ce que je puis faire, c’est d’essayer d’expliquer, à la lumière de mes modestes outils d’analyse et de mon parcours de lectrice, pourquoi Envoyée spéciale m’a laissée de marbre.

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