Digressions·Miscellanées culturelles

Vermiscellanées, un nouveau projet un peu fou !

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un projet qui me tient à cœur.

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Nous sommes trois à lancer Vermiscellanées, petite maison d’édition associative, avec une envie en particulier : nous amuser autour de formes littéraires hybrides et bizarres. Le nom choisi pour ce projet veut justement exprimer tant notre notre projet d’éditer des recueils collectifs, autrefois appelés Miscellanées, que notre côté fantaisiste, avec l’allusion aux Vermicelles de soupe, ces pâtes alphabet avec lesquelles on jouait quand on était petits.

Lancement du premier appel à texte

Nous lançons aujourd’hui notre premier appel à texte, autour des fameux Exercices de style de Raymond Queneau. Un texte est proposé et vous êtes invités à le cuisiner à toutes les sauces (avec vermicelles ou non !). Toutes les indications sont données sur le site de l’association, où vous trouverez également le règlement complet de l’appel à texte.

Soutenir le projet ?

Si vous êtes intéressés à l’idée de nous soutenir, vous pouvez adhérer à notre association. Vous pourrez ainsi participer à l’aventure et donner votre avis lors de l’AG annuelle, destinée à programmer les grandes orientations de l’association. En adhérant, vous aurez aussi la possibilité, si vous le souhaitez, de rejoindre notre comité de lecture afin de procéder à la sélection des textes.

Si vous n’êtes pas prêts à faire le grand saut, un petit j’aime ou un partage sur notre page Facebook, un abonnement ou une mention Twitter pourront également nous aider à nous faire connaître et à décoller !

Tous les détails du projet sont à découvrir ici :

http://editions.vermiscellanees.fr/

Crédits photo : Gallifez ; Crédit logo : Alice de Castellanè
Digressions·Lectures

Bilan, première partie (Deux ans du blog, coups de cœur & déceptions 2016)

2017 est arrivé ! Je vous souhaite à tous une merveilleuse année, pleine de découvertes culturelles enrichissantes ! Qui dit nouvelle année, dit heure des bilans. Sur Youtube, mes vidéastes préférés multiplient les sélections de bons et mauvais films et sur les blogs de lecture fleurissent les bilans de lecture. A mon tour de me plier à l’exercice.

Les deux ans du blog

Avec 2017, le blog fête ses deux ans. J’avais ouvert cet espace en janvier 2015, avec un article consacré à Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? de Pierre Bayard. Je préparais alors pour la première fois le concours de bibliothécaire, en candidat libre et sans formation préalable – inutile de vous dire que je n’avais même pas passé le seuil de l’oral. Avec quelques changements de design successifs, j’ai l’impression que son contenu a en partie évolué. Si certaines rubriques ne sont qu’en pause (je mûris longuement mes Introuvables), d’autres ont plus ou moins disparu : le mardi sur son 31 ou, plus encore, le C’est lundi ! Que lisez-vous ? 

Plusieurs facteurs sont en cause : d’une part, j’ai tenté de retrouver l’aspect communautaire qui était celui de la blogosphère littéraire que je fréquentais lors de mon premier blog (entre 2007 et 2009 environ). Sauf qu’une partie des codes avait changé. D’autre part, la production éditoriale a elle-même évolué, et de nombreux genres de littérature encore peu visibles à l’époque ont aujourd’hui la part belle sur les blogs qui, justement, ont perpétué ces pratiques sociales (swaps, tags, etc.). Je pense par exemple aux classifications New Romance, New Adult, qui commencent doucement à se faire une place dans les rayonnages des librairies et des bibliothèques. Je ne doute pas de la qualité de cette production, mais je n’en lis pas, ce qui limite les possibilités d’un échange constructif avec cette communauté. Enfin, ce sont des pratiques qui se sont trouvées menacées par d’autres médias, notamment Twitter, et ses #Vendredilecture, #Mardiconseil et autres petites questions du lundi : le medium me semble plus adapté pour ces micro-posts fondamentalement éphémères, résultats d’une inspiration du moment. De même, la plupart de mes textes personnels ont été publiés exclusivement sur Scribay ces derniers temps.

En ce sens, le blog a suivi un double mouvement : celui d’une spécialisation de ses contenus (exit les textes et les tags, ces derniers temps) mais aussi d’une nouvelle diversification : avec les Introuvables, d’abord, mais aussi quelques articles sur le monde du livre et enfin mon complet ex-cursus sur Giselle, j’ai peu à peu ouvert mes horizons, en m’autorisant à faire autre chose que de simples chroniques de lecture. J’aimerais continuer à aller dans ce sens, tout en chroniquant toujours un livre lorsque j’ai envie d’en parler. Je ne m’interdirai pas de republier de temps en temps un texte, car j’aimerais vraiment réorganiser cette section et proposer quelques œuvres très courtes  (tout en gardant les longues pour Scribay voire des projets de publication).

En un mot, j’ai l’impression que ces deux ans sont une étape pour le blog, et j’espère que vous serez nombreux à rester avec moi durant l’année qui s’annonce, afin de voir où cela nous mènera.

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Digressions·Miscellanées culturelles

Giselle, histoire d’une réinterprétation (Akram Khan)

Ne regardez jamais une femme et marchez toujours les yeux fixés en terre, car, si chaste et si calme que vous soyez, il suffit d’une minute pour vous faire perdre l’éternité.

Théophile Gautier, La Morte amoureuse

Ceci est un blog de lecture. Je ne suis pas censée parler d’autre chose. Mais il y a un an, j’ai commencé à parler d’histoire du livre. C’était certes dans la continuité du reste. Puis j’ai parlé un peu pratiques de lecture et monde de l’édition. J’ai parlé écriture, et organisé un atelier qui a duré dix sessions. Mais à présent, alors que les obligations se font toujours plus pressantes, j’ai eu envie de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière. Aujourd’hui, je vais vous parler de danse. Mais ne fuyez pas tout de suite. Il sera aussi question, juste en passant, de littérature, d’adaptation et de réécriture moderne des classiques.

L’original : Giselle ou les Wilis (1841)

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Tamara Karsavina et Vaslav Nijinsky dans Giselle (1910)

Giselle ou les Willis est un ballet en deux actes, sur une partition d’Adolphe Adam et sur un livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges (principalement) et Théophile Gautier (un petit peu) et une chorégraphie originale de Jean Coralli et Jules Perrot. Soyons encore un peu littéraires et revenons au livret. L’idée a été soufflée au prolifique Vernoy de Saint-Georges par Théophile Gautier, qui en avait trouvé l’inspiration auprès d’Henrich Heine. Ce dernier décrit la légende des Willis dans De l’Allemagne, paru d’abord en français en 1834 :

Dans une partie de l’Autriche, il y a une légende qui offre certaines similitudes avec les antérieures, bien que celle-ci soit d’une origine slave. C’est la légende de la danseuse nocturne, connue dans les pays slaves sous le nom de « willi* ». Les willis sont des fiancées qui sont mortes avant le jour des noces, pauvres jeunes filles qui ne peuvent pas rester tranquilles dans la tombe. Dans leurs cœurs éteints, dans leurs pieds morts reste encore cet amour de la danse qu’elles n’ont pu satisfaire pendant leur vie ; à minuit, elles se lèvent, se rassemblent en troupes sur la grande route, et, malheur au jeune homme qui les rencontre ! Il faut qu’il danse avec elles ; elles l’enlacent avec un désir effréné, et il danse avec elles jusqu’à ce qu’il tombe mort. Parées de leurs habits de noces, des couronnes de fleurs sur la tête, des anneaux étincelants à leur doigts, les willis dansent au clair de lune comme les elfes. Leur figure, quoique d’un blanc de neige, est belle de jeunesse ; elles rient avec une joie si effroyable, elles vous appellent avec tant de séduction, leur air a de si doucettes promesses ! Ces bacchantes mortes sont irrésistibles.

* Wili ou Willi, l’orthographe est aussi insaisissable que cette bacchante slave.

Théophile Gautier, amateur de mortes amoureuses, fut très sensible à la légende. Il se met à rêver à ces « elfes à la robe blanche dont l’ourlet est toujours humide », « des Nixes qui font voir leur petit pied de satin au plafond de la chambre nuptiale » et « des Wilis au teint de neige à la valse impitoyable ». Que cela ferait bien dans un ballet, se dit-il ! Dans une lettre  publiée dans La Presse début juillet 1841 et adressée à Heine, il lui décrit la genèse du ballet et sa première, qui eut lieu le 18 juin de la même année (les citations précédentes en sont issues).

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Anna Pavlova dans Giselle, 1903.

L’histoire se divise en deux actes, sur le même modèle que La Sylphide : en effet, dans le ballet romantique, le premier acte est celui du monde terrestre, du pittoresque, de la couleur locale, tandis que le second acte est celui du surnaturel. La division entre l’acte blanc, accessible au héros par une expérience-limite (mort, surnaturel, sommeil, consommation d’opiacés) et les autres actes perdurera jusque dans des ballets plus récents, comme Le Lac des cygnes ou La Bayadère à la fin du siècle. Mais revenons à l’argument de Giselle.

C’est quoi l’histoire, déjà ?

Dans le premier acte, Albrecht est un jeune duc qui s’est travesti en paysan pour faire la cour à une jeune paysanne nommée Giselle. Hilarion, le garde-chasse, en est jaloux et se promet de confondre son rival. Sur ce, arrivent le prince et sa fille, Bathilde, qui font une halte au village. Albrecht qui, manque de chance, est fiancée à Bathilde dans la vraie vie, se cache tandis que Bathilde et Giselle se rapprochent : jeunes amoureuses attendant leur mariage, elles devisent ensemble sans se douter que leur promis est le même homme. Alors que Giselle et Albrecht s’amusent ensemble à la fête des vendanges, Hilarion, qui a compris l’imposture, appelle le prince et toute sa suite pour révéler à Giselle l’imposture. Celle-ci, sous le choc, en vient à perdre la raison. Après avoir essayé de se donner la mort avec l’épée d’Albrecht, elle danse jusqu’à l’épuisement et finit par expirer dans les bras de sa mère. Cette scène de la folie est aujourd’hui un morceau de bravoure, où la danseuse doit mettre en avant ses qualités d’actrice. Poursuivre la lecture de « Giselle, histoire d’une réinterprétation (Akram Khan) »

1% Rentrée littéraire 2016·Digressions

[1% Rentrée littéraire] Les Parisiens d’Olivier Py

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J’ai pris, ces derniers mois, de très mauvaises habitudes. Au cours de ma lecture, lorsque je peine un peu à tourner les pages, je fais un petit tour du côté de la critique, et je me renseigne sur le livre en cours. C’est très mal. J’aimerais arriver à chaque titre neutre et sans attentes, afin de prendre sans peur le risque ultime : celui de descendre en règle un livre acclamé ou de célébrer un titre honni. Parfois, c’est plus vicieux encore : les critiques vont toutes tellement dans le même sens que je ressens le besoin de dire tout le contraire, sans savoir bien si cela relève de la dissidence ou du plus bête esprit de contradiction.

Bref, je ne fais pas les choses comme il faut. Et cela ne me facilite pas la tâche pour Les Parisiens d’Olivier Py. J’ai reçu ce livre il y a un mois, dans le cadre du programme Masse critique de Babelio. Et déjà lorsque j’ai ajouté l’ouvrage à ma liste, j’ai pu voir l’étendue des dégâts. Deux étoiles à peine, plusieurs aveux qui semblaient dire qu’il était difficile de finir le roman. La critique officielle ? Roman grotesque et illisible, selon le Nouvel Observateur… A peine quelques enthousiasmes dispersés. C’est donc pleine de questions que j’ai continué ma lecture… Après avoir refermé le livre pour de bon, hier soir, voici les quelques conclusions auxquelles j’ai pu arriver.

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Challenge ABC 2016·Challenge Clasique 2016·Digressions·Lectures

[R] A prendre ou à laisser d’Henri Roorda

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Je ne connaissais pas Henri Roorda avant de tomber sur lui dans Une forêt cachée, où Eric Dussert dresse le portrait de 156 écrivains oubliés. Destins tragiques, mauvaises combinaisons de circonstances, œuvres maudites : lire les présentations pleines d’esprit et d’érudition d’Une forêt cachée ne donne qu’une envie, celle de découvrir tous ces (non) illustres paumés. Hélas, leurs ouvrages ne sont pas toujours si faciles à trouver.

Par chance, l’excuse ne tient plus pour Henri Roorda. Les Mille et une nuits rééditent en effet ses ouvrages, et c’est ainsi que je suis tombée sur A prendre ou à laisser, le programme de lecture du professeur d’optimisme, il y a quelques mois, en librairie, alors que je cherchais vainement un peu de bonne humeur. Le petit volume a traîné un moment dans mes rayonnages mais juste avant mes vacances, et puisqu’il me fallait un classique du mois de juillet, je l’ai pris et je l’ai lu. En voici la chronique, avec un peu de retard…

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