1 2 3 ♥·Lectures

1, 2, 3, ♥ [Janvier]

Relancé dernièrement par Aelys, le 1,2,3 ♥ ! est un rendez-vous mensuel permettant de parler de la lecture qui nous a marqué dernièrement. J’avais promis que je participerai, dont acte ! Vous devriez entendre parler de l’ouvrage un peu plus en détail d’ici quelques jours :

1, 2, 3, ♥… [Janvier]

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Mon impression de lecture en trois mots :

Hip-hop, Hachure, Jeunesse

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Lectures

La Mort de Fernand Ochsé de Benoît Duteurtre

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Je suis incorrigible, que voulez-vous ? Publié dans la collection Fayard récit, La Mort de Fernand Ochsé est moins un roman qu’un essai sur une figure oublié du Paris d’avant la seconde Guerre mondiale. Intellectuel, artiste, dandy, Fernand Ochsé signe des costumes d’opérettes, s’est construit une thébaïde d’artiste en plein Paris et, à l’occasion, compose des morceaux musicaux qui nous sont rarement parvenus. Mort après avoir déporté dans le convoi n°77, il est un symbole offert sur un plateau d’argent : la Belle Époque et sa légèreté comme martyrs de l’histoire contemporaine.

Dans les faits, je suis sans doute le public rêvé pour ce genre de livres. Je travaille dans le cadre de ma thèse sur la toute fin du XIXe siècle et son foisonnement culturel, aussi les noms égrenés dans toute la première partie me sont-ils familiers. J’avoue, j’ai été sensible au charme de faire coucou à Henri de Régnier, à Madame de Saint-Marceaux et à tout ces gens que je croise régulièrement dans l’étude de Jean de Tinan. Et puis, parlons-en, de Jean de Tinan. Je m’intéresse moi-même à un auteur oublié, à qui la critique reprochera plus tard sa frivolité. Comment ne pas me sentir concernée par tout un pan de l’histoire culturelle musicale que Benoît Duteurtre nous révèle ?

Ma lecture s’est passée en deux temps. La mort de Fernand Ochsé s’apparente un peu à la course sans fin de Dider Blonde sur la mystérieuse Leïlah Mahi ou aux tentatives de Fellini de filmer les clowns de son enfance (cette comparaison a déjà été utilisée sur ce blog, voyez comment je ne renouvèle pas mon répertoire cinématographique). L’auteur oscille entre une écriture très littéraire, qui s’invite parfois dans la psyché de personnages réels (le premier chapitre écrit du point de vue d’une femme du monde découvrant la maison enchanteresse des Ochsé en est un bon exemple) et des points sur l’avancée de ses recherches, les personnes contactées, les rares éléments d’information récoltés. Le tout agrémenté de longues citations. Peut-être pourrait-on y voir une forme de fantaisie biographique, au moins par le ton choisi, volontairement libre : à travers la vie de ce personnage disparu des mémoires, c’est à une défense et illustration de l’opérette et de la chanson française que l’auteur nous convie.

Une fois de plus, je suis plus que partante. Je suis une grande amatrice de musique de chambre fin XIXe. Je me suis passé en boucle différentes interprétations de L’Heure exquise de Reynaldo Hahn (oui) et bien que n’étant plus spécialiste, je trouve dans ce genre de morceaux un charme sans doute désuet, mais pas ridicule pour un sou. Je me suis d’ailleurs laissée porter par l’évocation de ces temps-là, que j’ai trouvée adroite et bien menée. C’est là qu’est venu le second temps de lecture…

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Challenge 14-18 2017·Challenges de lectures·Lectures

Les Forêts de Ravel de Michel Bernard

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Lorsqu’on lit beaucoup, a fortiori avec une posture analytique, il est difficile de ne pas finir un peu désabusé. Je n’aime pas ce sentiment lorsqu’il me vient, parce que j’ai l’impression de ne plus réussir à voir ce qui fait le sel d’un roman par rapport à un autre. Les Forêts de Ravel, par exemple, n’a pas vraiment de défaut majeur. C’est bien écrit, il y a de très belles pages, mais j’ai dû me forcer un peu pour le terminer et je n’en garde pas un souvenir impérissable.

Lorsque la première Guerre Mondiale éclate, le musicien Maurice Ravel a quarante-et-un ans. Réformé lors du service militaire pour une constitution trop fragile, il tente par tous les moyens de s’engager et finit conducteur de camions puis ambulancier près de Verdun. La suite du roman raconte l’installation de l’artiste à Montfort-l’Amaury et les échos de la guerre dans une vie rangée, au service de la musique.

Peut-être suis-je trop aventureuse avec les romans biographiques. Je vais régulièrement vers eux, et pourtant, c’est très rare que j’aime vraiment ça. L’autofiction m’inspire une relative méfiance (que je surpasse quand c’est du Annie Ernaux), et l’exofiction aussi. Et pourtant, j’y retourne. J’aime bien ronchonner, peut-être. Ou je rêve d’être surprise, comme je l’avais été avec Phrères de Claire Barré, peut-être…

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Lectures

Le Grimoire du faune, recueil collectif, n°2 : Crépuscule

Image : In the Gloaming de John Atkinson Grimshaw.

J’avais participé au premier appel à textes du Grimoire du faune, sur le thème Résurrection. Si je n’ai pas envoyé de texte sur le thème Crépuscule faute de temps, j’attendais néanmoins la sortie du nouveau recueil avec impatience, afin de découvrir un peu plus en profondeur l’univers des éditions du faune. Ayant eu la chance de le recevoir en avant-première, je me propose de vous en dire quelques mots.

C’était l’heure où l’essaim des rêves malfaisants
Tord sur leurs oreillers les bruns adolescents ;
Où, comme un œil sanglant qui palpite et qui bouge,
La lampe sur le jour fait une tache rouge ;
Où l’âme, sous le poids du corps revêche et lourd,
Imite les combats de la lampe et du jour.
Comme un visage en pleurs que les brises essuient,
L’air est plein du frisson des choses qui s’enfuient,
Et l’homme est las d’écrire et la femme d’aimer.

Charles Baudelaire, Le crépuscule du matin, extrait.

L’ordonnatrice du recueil a sélectionné 14 poèmes et nouvelles sur 45 reçus et s’il est une première chose à dire, au sortir de ma lecture, c’est que le recueil est très bien construit. L’ordre des textes contribue à les mettre en valeur. Ce n’est pas qu’une question de longueur, avec une alternance de textes longs et courts, mais de rythmes de phrase et de styles. La plupart des textes présents dans Crépuscule sont très écrits, et il était primordial pour les rendre lisibles de les alterner avec des styles plus oraux, plus relâchés d’apparence, afin de laisser le lecteur respirer. En ce sens, l’exercice est parfaitement réussi.

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1% Rentrée littéraire 2017·Challenges de lectures·Lectures

L’art de perdre d’Alice Zeniter

J’avais L’art de perdre dans ma bibliothèque depuis un moment. Avant qu’il ne soit nominé pour une tripotée de prix et avant qu’il ne remporte le Goncourt des lycéens, qui est un des prix les plus prescriptifs qui soit. Mais je ne l’avais pas même ouvert. L’année chargée que je traverse me faisait hésiter à ouvrir un volume qui fait bien ses cinq cent pages. Je l’ai finalement pris avec moi durant mon unique semaine de vacances, juste avant Noël, et je l’ai commencé. Je l’ai reposé deux jours à peine plus tard, avec beaucoup trop d’heures de sommeil en moins.

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C’est après avoir lu ce livre que j’ai commencé à constituer ma liste Sens Critique de livres qu’on lit d’une seule traite. J’avais deux romans de la rentrée littéraire 2017 à y mettre, et finalement peu d’autres titres — j’aurais pu artificiellement gonfler l’ensemble avec tous les Harry Potter, mais ça leur donnait dans l’ensemble une place prépondérante que je ne souhaitais pas. Je me suis rendue compte alors que je n’avais pas tant de livres à y mettre que ça.

J’adore ce sentiment de devoir avancer à tout prix dans une lecture, au mépris de mon sommeil et de toutes mes autres obligations, mais c’est quelque chose que je ressens de moins en moins. J’ai parfois l’impression d’être une vieille lectrice blasée qui sur-analyse tout, et n’arrive pas à se  faire happer. Si le livre ne tient que sur ça, en revanche, ce n’est pas forcément bon signe : j’ai d’ailleurs fait figurer La vérité sur l’affaire Harry Québert dans cette liste alors que cette lecture m’a beaucoup déçue. Où se situe L’art de perdre dans cette histoire… ? Sans doute entre les deux.

 

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