Digressions·Miscellanées culturelles

Vermiscellanées, un nouveau projet un peu fou !

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un projet qui me tient à cœur.

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Nous sommes trois à lancer Vermiscellanées, petite maison d’édition associative, avec une envie en particulier : nous amuser autour de formes littéraires hybrides et bizarres. Le nom choisi pour ce projet veut justement exprimer tant notre notre projet d’éditer des recueils collectifs, autrefois appelés Miscellanées, que notre côté fantaisiste, avec l’allusion aux Vermicelles de soupe, ces pâtes alphabet avec lesquelles on jouait quand on était petits.

Lancement du premier appel à texte

Nous lançons aujourd’hui notre premier appel à texte, autour des fameux Exercices de style de Raymond Queneau. Un texte est proposé et vous êtes invités à le cuisiner à toutes les sauces (avec vermicelles ou non !). Toutes les indications sont données sur le site de l’association, où vous trouverez également le règlement complet de l’appel à texte.

Soutenir le projet ?

Si vous êtes intéressés à l’idée de nous soutenir, vous pouvez adhérer à notre association. Vous pourrez ainsi participer à l’aventure et donner votre avis lors de l’AG annuelle, destinée à programmer les grandes orientations de l’association. En adhérant, vous aurez aussi la possibilité, si vous le souhaitez, de rejoindre notre comité de lecture afin de procéder à la sélection des textes.

Si vous n’êtes pas prêts à faire le grand saut, un petit j’aime ou un partage sur notre page Facebook, un abonnement ou une mention Twitter pourront également nous aider à nous faire connaître et à décoller !

Tous les détails du projet sont à découvrir ici :

http://editions.vermiscellanees.fr/

Crédits photo : Gallifez ; Crédit logo : Alice de Castellanè
Lectures·Miscellanées culturelles

Une histoire de la fiche érudite de Jean-François Bert

Source de l’image d’en-tête : Marie Lan Nguyen

Avertissement : Aucune fiche n’a été réalisée pour rédiger cette chronique, et ça se voit.

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La fiche érudite ? Que voilà un petit trou de serrure pour s’intéresser à l’histoire de l’apprentissage et des productions du savoir ! Et pourtant, ça marche : à travers l’histoire de l’usage des fiches chez les savants, étudiants et professionnels, Jean-François Bert trace les grandes lignes de l’évolution du savoir au XIXe et XXe siècle. On peut se demander ce qu’une étudiante hyper-connectée dans mon genre, toujours rivée à son smartphone et qui fait tout pour ses révisions sauf des fiches pourrait trouver à cette étude. En fait c’est que, d’une part, je voulais mieux connaître mon ennemi ; d’autre part, surtout, j’ai voulu savoir ce qui se jouait derrière cette nouvelle manière d’indexer et d’organiser le savoir.

Parce que s’il y a quelque chose qui m’a passionnée dans mes révisions pour les concours des bibliothèques, ça a été de voir toute les réflexions qui sous-tendaient l’organisation de l’information. A première vue, une bibliothèque, c’est pas quelque chose de bien compliqué. Assez pour qu’on me demande fréquemment pourquoi j’ai fait tant d’étude pour passer ces concours, surtout que j’allais ensuite être payée à lire derrière mon comptoir (non). Mais il suffit d’y réfléchir quelques minutes pour que des problèmes de taille apparaissent : dans quel ordre disposer les livres ? Selon quels critères les classer ? Que proposer au libre-accès, que remiser en magasin ? Quelles informations faire figurer au catalogue ? Borgès déclarait dans un entretien accordé au Monde, en 1983 : Ordonner une bibliothèque est une manière silencieuse d’exercer l’art de la critique. Et je me souviens avoir arboré cette phrase en signature sur de vieux forums bien avant de me destiner à tout ça, et bien avant d’avoir réellement lu Borgès, alors c’est bien qu’il y a quelque chose qui me secoue là-dedans.

Si vous pourriez penser que je m’éloigne de mon sujet, songez qu’un fichier organisé n’est peut-être qu’une bibliothèque miniature. Les meubles imposants ont bientôt offert, par certains procédés techniques, de nouvelles possibilités d’organisation et de classement qui vont profondément bouleverser les pratiques d’écriture des érudits. La fiche pré-existe cependant au fichier. Le premier chapitre, De la pile à la fiche, revient sur l’usage des bandelettes (schedulae) qui remontent au XVIe siècle. L’enjeu est de taille : il s’agit de produire des notes facilement transportables et qu’il est possible de reclasser au gré des besoins. L’auteur cite l’exemple du savant Lesage qui, fin XVIIIe, détourne de leur usage d’anciennes cartes à jouer pour noter ses hypothèses et l’évolution de sa pensée. Le format de la fiche telle que nous l’imaginons encore est prêt à naître.

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Digressions·Miscellanées culturelles

Giselle, histoire d’une réinterprétation (Akram Khan)

Ne regardez jamais une femme et marchez toujours les yeux fixés en terre, car, si chaste et si calme que vous soyez, il suffit d’une minute pour vous faire perdre l’éternité.

Théophile Gautier, La Morte amoureuse

Ceci est un blog de lecture. Je ne suis pas censée parler d’autre chose. Mais il y a un an, j’ai commencé à parler d’histoire du livre. C’était certes dans la continuité du reste. Puis j’ai parlé un peu pratiques de lecture et monde de l’édition. J’ai parlé écriture, et organisé un atelier qui a duré dix sessions. Mais à présent, alors que les obligations se font toujours plus pressantes, j’ai eu envie de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière. Aujourd’hui, je vais vous parler de danse. Mais ne fuyez pas tout de suite. Il sera aussi question, juste en passant, de littérature, d’adaptation et de réécriture moderne des classiques.

L’original : Giselle ou les Wilis (1841)

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Tamara Karsavina et Vaslav Nijinsky dans Giselle (1910)

Giselle ou les Willis est un ballet en deux actes, sur une partition d’Adolphe Adam et sur un livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges (principalement) et Théophile Gautier (un petit peu) et une chorégraphie originale de Jean Coralli et Jules Perrot. Soyons encore un peu littéraires et revenons au livret. L’idée a été soufflée au prolifique Vernoy de Saint-Georges par Théophile Gautier, qui en avait trouvé l’inspiration auprès d’Henrich Heine. Ce dernier décrit la légende des Willis dans De l’Allemagne, paru d’abord en français en 1834 :

Dans une partie de l’Autriche, il y a une légende qui offre certaines similitudes avec les antérieures, bien que celle-ci soit d’une origine slave. C’est la légende de la danseuse nocturne, connue dans les pays slaves sous le nom de « willi* ». Les willis sont des fiancées qui sont mortes avant le jour des noces, pauvres jeunes filles qui ne peuvent pas rester tranquilles dans la tombe. Dans leurs cœurs éteints, dans leurs pieds morts reste encore cet amour de la danse qu’elles n’ont pu satisfaire pendant leur vie ; à minuit, elles se lèvent, se rassemblent en troupes sur la grande route, et, malheur au jeune homme qui les rencontre ! Il faut qu’il danse avec elles ; elles l’enlacent avec un désir effréné, et il danse avec elles jusqu’à ce qu’il tombe mort. Parées de leurs habits de noces, des couronnes de fleurs sur la tête, des anneaux étincelants à leur doigts, les willis dansent au clair de lune comme les elfes. Leur figure, quoique d’un blanc de neige, est belle de jeunesse ; elles rient avec une joie si effroyable, elles vous appellent avec tant de séduction, leur air a de si doucettes promesses ! Ces bacchantes mortes sont irrésistibles.

* Wili ou Willi, l’orthographe est aussi insaisissable que cette bacchante slave.

Théophile Gautier, amateur de mortes amoureuses, fut très sensible à la légende. Il se met à rêver à ces « elfes à la robe blanche dont l’ourlet est toujours humide », « des Nixes qui font voir leur petit pied de satin au plafond de la chambre nuptiale » et « des Wilis au teint de neige à la valse impitoyable ». Que cela ferait bien dans un ballet, se dit-il ! Dans une lettre  publiée dans La Presse début juillet 1841 et adressée à Heine, il lui décrit la genèse du ballet et sa première, qui eut lieu le 18 juin de la même année (les citations précédentes en sont issues).

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Anna Pavlova dans Giselle, 1903.

L’histoire se divise en deux actes, sur le même modèle que La Sylphide : en effet, dans le ballet romantique, le premier acte est celui du monde terrestre, du pittoresque, de la couleur locale, tandis que le second acte est celui du surnaturel. La division entre l’acte blanc, accessible au héros par une expérience-limite (mort, surnaturel, sommeil, consommation d’opiacés) et les autres actes perdurera jusque dans des ballets plus récents, comme Le Lac des cygnes ou La Bayadère à la fin du siècle. Mais revenons à l’argument de Giselle.

C’est quoi l’histoire, déjà ?

Dans le premier acte, Albrecht est un jeune duc qui s’est travesti en paysan pour faire la cour à une jeune paysanne nommée Giselle. Hilarion, le garde-chasse, en est jaloux et se promet de confondre son rival. Sur ce, arrivent le prince et sa fille, Bathilde, qui font une halte au village. Albrecht qui, manque de chance, est fiancée à Bathilde dans la vraie vie, se cache tandis que Bathilde et Giselle se rapprochent : jeunes amoureuses attendant leur mariage, elles devisent ensemble sans se douter que leur promis est le même homme. Alors que Giselle et Albrecht s’amusent ensemble à la fête des vendanges, Hilarion, qui a compris l’imposture, appelle le prince et toute sa suite pour révéler à Giselle l’imposture. Celle-ci, sous le choc, en vient à perdre la raison. Après avoir essayé de se donner la mort avec l’épée d’Albrecht, elle danse jusqu’à l’épuisement et finit par expirer dans les bras de sa mère. Cette scène de la folie est aujourd’hui un morceau de bravoure, où la danseuse doit mettre en avant ses qualités d’actrice. Poursuivre la lecture de « Giselle, histoire d’une réinterprétation (Akram Khan) »