Lectures

Le Grimoire du faune, recueil collectif, n°2 : Crépuscule

Image : In the Gloaming de John Atkinson Grimshaw.

J’avais participé au premier appel à textes du Grimoire du faune, sur le thème Résurrection. Si je n’ai pas envoyé de texte sur le thème Crépuscule faute de temps, j’attendais néanmoins la sortie du nouveau recueil avec impatience, afin de découvrir un peu plus en profondeur l’univers des éditions du faune. Ayant eu la chance de le recevoir en avant-première, je me propose de vous en dire quelques mots.

C’était l’heure où l’essaim des rêves malfaisants
Tord sur leurs oreillers les bruns adolescents ;
Où, comme un œil sanglant qui palpite et qui bouge,
La lampe sur le jour fait une tache rouge ;
Où l’âme, sous le poids du corps revêche et lourd,
Imite les combats de la lampe et du jour.
Comme un visage en pleurs que les brises essuient,
L’air est plein du frisson des choses qui s’enfuient,
Et l’homme est las d’écrire et la femme d’aimer.

Charles Baudelaire, Le crépuscule du matin, extrait.

L’ordonnatrice du recueil a sélectionné 14 poèmes et nouvelles sur 45 reçus et s’il est une première chose à dire, au sortir de ma lecture, c’est que le recueil est très bien construit. L’ordre des textes contribue à les mettre en valeur. Ce n’est pas qu’une question de longueur, avec une alternance de textes longs et courts, mais de rythmes de phrase et de styles. La plupart des textes présents dans Crépuscule sont très écrits, et il était primordial pour les rendre lisibles de les alterner avec des styles plus oraux, plus relâchés d’apparence, afin de laisser le lecteur respirer. En ce sens, l’exercice est parfaitement réussi.

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Challenge 14-18 2017·Challenges de lectures

Challenge Première Guerre Mondiale 2018

2018, c’est la dernière année centenaire de la Grande Guerre. C’est donc le moment ou jamais pour m’inscrire au challenge organisé par Vivrelivre. Il y a plusieurs raisons à cela : d’une part, c’est une période qui me fascine. Littéralement. D’autre part, le challenge n’est pas très contraignant puisqu’il suffit d’écrire au moins un article traitant de cette période.

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Je ne sais pas encore ce que je vais (re ?)lire et chroniquer pour l’occasion, mais je sens que je vais avoir l’embarras du choix.

C’est d’ailleurs un sujet qui m’a inspirée à plusieurs reprises , car j’ai écrit au moins trois textes qui lui sont déjà consacrés. Les trois se concentrent sur le conflit vécu par une femme de l’arrière, et sur les conséquences de la guerre sur son quotidien. Je me permets de vous les partager en guise d’introduction au challenge :

  • Un Paris de carte postale, sur la situation à l’arrière aux premiers mois de la guerre.
  • La Citadelle des fragments : l’après vu à l’échelle d’un couple.
  • Enfin, ma nouvelle L’Apprentie sorcière publiée sur Le Grimoire du faune, s’intéresse à la question du deuil des combattants jamais revenus du front. (Le lien mène au pdf du Grimoire du Faune). 

Et je ne résiste pas à l’envie de vous quitter sur cette chanson. Quelle meilleure introduction au thème qui va nous occuper ? 😉

Récapitulatif des articles consacrés au challenge

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L’art de perdre d’Alice Zeniter

J’avais L’art de perdre dans ma bibliothèque depuis un moment. Avant qu’il ne soit nominé pour une tripotée de prix et avant qu’il ne remporte le Goncourt des lycéens, qui est un des prix les plus prescriptifs qui soit. Mais je ne l’avais pas même ouvert. L’année chargée que je traverse me faisait hésiter à ouvrir un volume qui fait bien ses cinq cent pages. Je l’ai finalement pris avec moi durant mon unique semaine de vacances, juste avant Noël, et je l’ai commencé. Je l’ai reposé deux jours à peine plus tard, avec beaucoup trop d’heures de sommeil en moins.

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C’est après avoir lu ce livre que j’ai commencé à constituer ma liste Sens Critique de livres qu’on lit d’une seule traite. J’avais deux romans de la rentrée littéraire 2017 à y mettre, et finalement peu d’autres titres — j’aurais pu artificiellement gonfler l’ensemble avec tous les Harry Potter, mais ça leur donnait dans l’ensemble une place prépondérante que je ne souhaitais pas. Je me suis rendue compte alors que je n’avais pas tant de livres à y mettre que ça.

J’adore ce sentiment de devoir avancer à tout prix dans une lecture, au mépris de mon sommeil et de toutes mes autres obligations, mais c’est quelque chose que je ressens de moins en moins. J’ai parfois l’impression d’être une vieille lectrice blasée qui sur-analyse tout, et n’arrive pas à se  faire happer. Si le livre ne tient que sur ça, en revanche, ce n’est pas forcément bon signe : j’ai d’ailleurs fait figurer La vérité sur l’affaire Harry Québert dans cette liste alors que cette lecture m’a beaucoup déçue. Où se situe L’art de perdre dans cette histoire… ? Sans doute entre les deux.

 

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Une histoire des loups d’Emily Fridlund

Image : ChristelCC0 Creative Commons

C’est cuit : je n’ai pas tenu ma résolution et je ne vous parlerai pas de six romans de la rentrée littéraire comme prévu. Mais bon. Le minimum serait tout de même de chroniquer ceux que j’ai lus.

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J’ai fini Une histoire des loups d’Emily Fridlund aux premiers jours de la rentrée littéraire. Attendre autant pour parler d’un livre, c’est prendre un risque. Cela permet parfois d’y voir plus clair et de livrer le point de vue synthétique qu’on rêverait d’avoir à chaque fin de lecture. Mais cela peut desservir un livre dont la saveur ne tient pas au bout de quelques mois. J’ai bien peur qu’Une histoire des loups soit de ceux-là. Parlons de mémoire : une héroïne dont j’ai oublié le nom vit dans un coin bien perdu de l’Amérique, genre Minnesota. Elle passe des heures à sillonner les cours d’eau qui entourent la maison de ses parents, maison qui, dans les années 1970, abritait une communauté hippie dont les membres se sont dispersés d’un coup, sans donner de nouvelles. Sans bouger de chez elle, notre héroïne expérimente donc une sorte d’abandon, voire de déracinement – au point de dire qu’elle ignore si les deux qui sont restés sont réellement ses parents. Lorsqu’une nouvelle famille s’installe dans le chalet voisin, Madeline (j’ai vérifié son nom depuis ces quelques lignes) parvient à gagner leur confiance et devient la baby-sitter de leur petit garçon, Paul, âgé de quatre ans.

Or, Paul ne respire pas vraiment la normalité. Le couple de parents, Léo et Patra, non plus. Tout le sel du livre repose sur le fait que la narratrice nous fait deviner que quelque chose de très grave est en train de se passer. En tant que lecteur, on se met à tourner les pages le plus vite possible, pour dérouler le faisceau d’indices qui auraient dû mettre la puce à l’oreille à la jeune fille.

Le procédé est classique et peut être efficace. Un grand roman de notre rentrée 2016, américain lui aussi, s’y était essayé : il s’agissait de The Girls, d’Emma Cline. Les retours au présent de la narratrice constituaient autant de respirations nécessaires dans une atmosphère étouffante, où la violence se devinait à travers la perception d’une adolescente, sans que celle-ci ait pris toute la mesure de ce qu’elle vivait. Dans Une histoire des loups, l’effet semble plus appuyé et moins naturel.

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Le jour d’avant de Sorj Chalandon

Source de l’image : Pxhere

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Vous aurez sans doute remarqué que je suis un peu en retard dans mes chroniques de lecture. Il y a plusieurs raisons à cela, mais aussi plusieurs conséquences : que reste-t-il à dire, un, deux mois après lecture, alors même que le bouquin s’est trouvé critiqué, loué et analysé de toutes les façons possibles ? Contextualisons : j’ai lu Sorj Chalandon au début du mois de septembre, et j’écris aujourd’hui un article à partir de mes souvenirs. Je n’ai pas même le livre sur moi : manquant de plus en plus de place, je l’ai sagement laissé dans les étagères à demi-vides de la bibliothèque chez mes parents, avec ses pages cornées et ses passages notés au crayon.

Il me reste plusieurs images de la lecture du Jour d’avant. Je me vois assise dans un fauteuil, dans la maison silencieuse de la journée, télé éteinte, à lire les pages tellement vite qu’au bout d’un moment la tête me tournait et qu’il fallait s’arrêter. Je me rappelle le sentiment d’urgence et de colère ressentis à la fin du livre. Je me souviens d’avoir interrogé mes propres problématiques à travers le prisme de cette histoire : mine (!) de rien, je suis aussi une fille de pas-mineur ayant écrit sur la mine, dans une bien moindre mesure…

Le jour d’avant s’intéresse à la catastrophe minière de Liévin-Lens, qui eut lieu en 1974 et fit 42 morts. L’auteur, alors âgé de 22 ans, était dessinateur à Libération. Frappé par l’injustice d’un drame qui lui apparaît comme évitable alors qu’autour de lui, tout le monde déplore sa fatalité, l’auteur garde en réserve sa colère face à un événement qui effleure à peine les colonnes des journaux nationaux. Si l’écrivain semble s’être beaucoup inspiré de sa vie pour ses précédents romans, rien ne le relie spécialement au Nord-Pas-de-Calais — avec Hauts-de-France, ça fait un hiatus. Pas de mineurs dans la famille, pas d’ancrage régional : comment, dès lors, contrer la peur d’être illégitime pour parler de la catastrophe ? A travers le choix de son personnage principal.

Michel Flavent n’a pas eu le temps d’entrer à la mine, mais il a vu son frère y mourir. Tel est le point de départ de notre roman. Son père, agriculteur, s’est pendu peu de temps après en lui laissant un simple mot griffonné sur un bout de papier : Venge-nous de la mine. Devenu routier, Michel Flavent a essayé de se construire une vie loin de cette noire histoire, mais à la mort de sa compagne, il revient à Lens — ou à Liévin, je ne sais plus. Il veut réparation. Son désir de vengeance se cristallise sur Dravelle, l’ancien contremaître, un vieil homme en fauteuil roulant atteint de silicose. Michel décide qu’il doit le tuer, parce que c’est de sa faute, au contremaître, il a voulu faire du chiffre, il n’était plus un vrai mineur, il s’était allié avec les puissants — sachez que je caricature ici un cheminement psychologique plutôt bien rendu. Telle est la situation initiale, l’amorce, de notre histoire.  Sa simple résolution aurait suffit à vous concocter un roman correct, poignant comme il faut, mais il a fallu que les choses se compliquent. [Après l’image de ce coron, la suite de la chronique révélera des passages-clés de l’intrigue, aussi vous conseillerai-je de sauter directement au paragraphe de fin si vous n’avez pas lu ce livre. Si vous ne souhaitez pas scroller, sachez que j’ai vraiment vraiment aimé. Voilà.]

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Auteur : Jérémy Jännick

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