Challenge 14-18 2017·Challenges de lectures·Lectures

Les Forêts de Ravel de Michel Bernard

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Lorsqu’on lit beaucoup, a fortiori avec une posture analytique, il est difficile de ne pas finir un peu désabusé. Je n’aime pas ce sentiment lorsqu’il me vient, parce que j’ai l’impression de ne plus réussir à voir ce qui fait le sel d’un roman par rapport à un autre. Les Forêts de Ravel, par exemple, n’a pas vraiment de défaut majeur. C’est bien écrit, il y a de très belles pages, mais j’ai dû me forcer un peu pour le terminer et je n’en garde pas un souvenir impérissable.

Lorsque la première Guerre Mondiale éclate, le musicien Maurice Ravel a quarante-et-un ans. Réformé lors du service militaire pour une constitution trop fragile, il tente par tous les moyens de s’engager et finit conducteur de camions puis ambulancier près de Verdun. La suite du roman raconte l’installation de l’artiste à Montfort-l’Amaury et les échos de la guerre dans une vie rangée, au service de la musique.

Peut-être suis-je trop aventureuse avec les romans biographiques. Je vais régulièrement vers eux, et pourtant, c’est très rare que j’aime vraiment ça. L’autofiction m’inspire une relative méfiance (que je surpasse quand c’est du Annie Ernaux), et l’exofiction aussi. Et pourtant, j’y retourne. J’aime bien ronchonner, peut-être. Ou je rêve d’être surprise, comme je l’avais été avec Phrères de Claire Barré, peut-être…

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Lectures

Le Grimoire du faune, recueil collectif, n°2 : Crépuscule

Image : In the Gloaming de John Atkinson Grimshaw.

J’avais participé au premier appel à textes du Grimoire du faune, sur le thème Résurrection. Si je n’ai pas envoyé de texte sur le thème Crépuscule faute de temps, j’attendais néanmoins la sortie du nouveau recueil avec impatience, afin de découvrir un peu plus en profondeur l’univers des éditions du faune. Ayant eu la chance de le recevoir en avant-première, je me propose de vous en dire quelques mots.

C’était l’heure où l’essaim des rêves malfaisants
Tord sur leurs oreillers les bruns adolescents ;
Où, comme un œil sanglant qui palpite et qui bouge,
La lampe sur le jour fait une tache rouge ;
Où l’âme, sous le poids du corps revêche et lourd,
Imite les combats de la lampe et du jour.
Comme un visage en pleurs que les brises essuient,
L’air est plein du frisson des choses qui s’enfuient,
Et l’homme est las d’écrire et la femme d’aimer.

Charles Baudelaire, Le crépuscule du matin, extrait.

L’ordonnatrice du recueil a sélectionné 14 poèmes et nouvelles sur 45 reçus et s’il est une première chose à dire, au sortir de ma lecture, c’est que le recueil est très bien construit. L’ordre des textes contribue à les mettre en valeur. Ce n’est pas qu’une question de longueur, avec une alternance de textes longs et courts, mais de rythmes de phrase et de styles. La plupart des textes présents dans Crépuscule sont très écrits, et il était primordial pour les rendre lisibles de les alterner avec des styles plus oraux, plus relâchés d’apparence, afin de laisser le lecteur respirer. En ce sens, l’exercice est parfaitement réussi.

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Challenge 14-18 2017·Challenges de lectures

Challenge Première Guerre Mondiale 2018

2018, c’est la dernière année centenaire de la Grande Guerre. C’est donc le moment ou jamais pour m’inscrire au challenge organisé par Vivrelivre. Il y a plusieurs raisons à cela : d’une part, c’est une période qui me fascine. Littéralement. D’autre part, le challenge n’est pas très contraignant puisqu’il suffit d’écrire au moins un article traitant de cette période.

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Je ne sais pas encore ce que je vais (re ?)lire et chroniquer pour l’occasion, mais je sens que je vais avoir l’embarras du choix.

C’est d’ailleurs un sujet qui m’a inspirée à plusieurs reprises , car j’ai écrit au moins trois textes qui lui sont déjà consacrés. Les trois se concentrent sur le conflit vécu par une femme de l’arrière, et sur les conséquences de la guerre sur son quotidien. Je me permets de vous les partager en guise d’introduction au challenge :

  • Un Paris de carte postale, sur la situation à l’arrière aux premiers mois de la guerre.
  • La Citadelle des fragments : l’après vu à l’échelle d’un couple.
  • Enfin, ma nouvelle L’Apprentie sorcière publiée sur Le Grimoire du faune, s’intéresse à la question du deuil des combattants jamais revenus du front. (Le lien mène au pdf du Grimoire du Faune). 

Et je ne résiste pas à l’envie de vous quitter sur cette chanson. Quelle meilleure introduction au thème qui va nous occuper ? 😉

Récapitulatif des articles consacrés au challenge

1% Rentrée littéraire 2017·Challenges de lectures·Lectures

L’art de perdre d’Alice Zeniter

J’avais L’art de perdre dans ma bibliothèque depuis un moment. Avant qu’il ne soit nominé pour une tripotée de prix et avant qu’il ne remporte le Goncourt des lycéens, qui est un des prix les plus prescriptifs qui soit. Mais je ne l’avais pas même ouvert. L’année chargée que je traverse me faisait hésiter à ouvrir un volume qui fait bien ses cinq cent pages. Je l’ai finalement pris avec moi durant mon unique semaine de vacances, juste avant Noël, et je l’ai commencé. Je l’ai reposé deux jours à peine plus tard, avec beaucoup trop d’heures de sommeil en moins.

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C’est après avoir lu ce livre que j’ai commencé à constituer ma liste Sens Critique de livres qu’on lit d’une seule traite. J’avais deux romans de la rentrée littéraire 2017 à y mettre, et finalement peu d’autres titres — j’aurais pu artificiellement gonfler l’ensemble avec tous les Harry Potter, mais ça leur donnait dans l’ensemble une place prépondérante que je ne souhaitais pas. Je me suis rendue compte alors que je n’avais pas tant de livres à y mettre que ça.

J’adore ce sentiment de devoir avancer à tout prix dans une lecture, au mépris de mon sommeil et de toutes mes autres obligations, mais c’est quelque chose que je ressens de moins en moins. J’ai parfois l’impression d’être une vieille lectrice blasée qui sur-analyse tout, et n’arrive pas à se  faire happer. Si le livre ne tient que sur ça, en revanche, ce n’est pas forcément bon signe : j’ai d’ailleurs fait figurer La vérité sur l’affaire Harry Québert dans cette liste alors que cette lecture m’a beaucoup déçue. Où se situe L’art de perdre dans cette histoire… ? Sans doute entre les deux.

 

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1% Rentrée littéraire 2017·Challenges de lectures·Lectures

Une histoire des loups d’Emily Fridlund

Image : ChristelCC0 Creative Commons

C’est cuit : je n’ai pas tenu ma résolution et je ne vous parlerai pas de six romans de la rentrée littéraire comme prévu. Mais bon. Le minimum serait tout de même de chroniquer ceux que j’ai lus.

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J’ai fini Une histoire des loups d’Emily Fridlund aux premiers jours de la rentrée littéraire. Attendre autant pour parler d’un livre, c’est prendre un risque. Cela permet parfois d’y voir plus clair et de livrer le point de vue synthétique qu’on rêverait d’avoir à chaque fin de lecture. Mais cela peut desservir un livre dont la saveur ne tient pas au bout de quelques mois. J’ai bien peur qu’Une histoire des loups soit de ceux-là. Parlons de mémoire : une héroïne dont j’ai oublié le nom vit dans un coin bien perdu de l’Amérique, genre Minnesota. Elle passe des heures à sillonner les cours d’eau qui entourent la maison de ses parents, maison qui, dans les années 1970, abritait une communauté hippie dont les membres se sont dispersés d’un coup, sans donner de nouvelles. Sans bouger de chez elle, notre héroïne expérimente donc une sorte d’abandon, voire de déracinement – au point de dire qu’elle ignore si les deux qui sont restés sont réellement ses parents. Lorsqu’une nouvelle famille s’installe dans le chalet voisin, Madeline (j’ai vérifié son nom depuis ces quelques lignes) parvient à gagner leur confiance et devient la baby-sitter de leur petit garçon, Paul, âgé de quatre ans.

Or, Paul ne respire pas vraiment la normalité. Le couple de parents, Léo et Patra, non plus. Tout le sel du livre repose sur le fait que la narratrice nous fait deviner que quelque chose de très grave est en train de se passer. En tant que lecteur, on se met à tourner les pages le plus vite possible, pour dérouler le faisceau d’indices qui auraient dû mettre la puce à l’oreille à la jeune fille.

Le procédé est classique et peut être efficace. Un grand roman de notre rentrée 2016, américain lui aussi, s’y était essayé : il s’agissait de The Girls, d’Emma Cline. Les retours au présent de la narratrice constituaient autant de respirations nécessaires dans une atmosphère étouffante, où la violence se devinait à travers la perception d’une adolescente, sans que celle-ci ait pris toute la mesure de ce qu’elle vivait. Dans Une histoire des loups, l’effet semble plus appuyé et moins naturel.

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